Entretien avec Black Yaya

Après quinze ans de bons et loyaux services au sein du groupe Herman Düne, David-Ivar Herman Düne a décidé de s’élancer en solo. Après une petite escapade en 2004 avec un album intitulé Ya Ya, David-Ivar concrétise cette fois-ci ce besoin de se dégager d’une entité : appelez-le Black Yaya désormais ! Le Transistor est allé rencontrer le membre fondateur du groupe de folk français qui n’a jamais connu aucune frontière.

Pour Black Yaya, cet album en solo répond tout simple à une envie : « C’est pour ça que j’ai choisi de m’exprimer artistiquement, c’est pour pouvoir chercher et exprimer ce que je ressens sur le moment où je le ressens. »

Pourtant l’image du groupe Herman Dune a toujours été associée à celle de David-Ivar. « Pour moi aussi ! Le problème c’est que la dernière fois que j’ai pensé à un album comme un album de groupe ça devait être en 2004 avec Not On Top : depuis, pour moi, ce sont des albums solos sous le nom d’un groupe. Je voyais pas la réalité qu’on peut imaginer de groupes qui composent ensemble comme Creedence Clearwater Revival. Herman Dune, c’était juste un nom que j’aimais, une espèce d’identité fantasmée. » Ce projet solo est pour lui une manière d’être plus sincère dans sa démarche. « Le concept de groupe, ça assure une forme de continuité, c’est une sorte de marque de fabrique. Mais que je ressens pas vu que moi j’écris des chansons : peu importe comment ou avec qui je choisis de les enregistrer, ça fait partie de mon processus créatif. Je suis pas figé dans la forme, j’ai plus une approche de songwriter, même au sein d’un groupe. Donc pour moi c’était une façon de le signifier plus clairement. »

Black Yaya se sent beaucoup mieux depuis qu’il a pris cette décision. « Toute sorte de bagage devient une entrave quoi qu’il arrive. C’est pas dû à la méchanceté de quelqu’un, c’est juste qu’on attend quelque chose d’un nom. Et je me suis dit que ce serait encore une meilleure libération pour cet album si je jouais sous un autre nom. Je me sens bien par exemple d’être tout seul, de parler de mes chansons, de pas avoir l’impression de devoir représenter une image. C’est très agréable, j’ai pas ressenti ça depuis longtemps. » Le compositeur ne ressent plus le poids de devoir parler au nom d’un groupe. « C’est un peu un boulet parfois de devoir représenter plusieurs personnes. C’est normal, t’as pas envie de trahir ceux qui s’investissent dans ton groupe. Or moi j’aime bien pouvoir dire ce que je veux au moment où je le veux. Et ça me frustrerait beaucoup de devoir consulter quelqu’un. C’est une barrière que tu t’imposes toi-même : par exemple, je vais garder en tête qu’untel trouve ça lourd quand j’aborde le sujet de la peinture donc je vais éviter d’en parler. »

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Avec cet album, Black Yaya avait envie de changer ses habitudes. « Artistiquement comme j’écris des chansons, peu importe que ce soit sous un nom ou sous un autre. Chaque album correspond à une envie : pour celui-ci j’avais envie de le faire tout seul et il se trouve que c’était à un moment où j’avais envie de changer de nom : l’idée c’est de ne pas avoir d’habitudes justement. Donc autant faire un nouvel album, tout seul, avec un nouveau nom. » Seulement, une métamorphose musicale peut être longue à mettre en place. « Ce qui prend du temps, mis à part le processus artistique d’écrire, d’enregistrer – qui prend le temps qu’il faut pour que ça me satisfasse -, c’est qu’il y a toujours une latence au niveau des labels… Surtout quand tu recommences à zéro : c’est pas comme si j’avais une équipe qui a bossé sur l’album d’avant, là c’est un peu comme si c’était mon premier. »

Pour l’enregistrement, Black Yaya s’est posé tranquillement à Los Angeles et a réalisé toutes les prises tout seul. « Quand j’ai montré mon matériel à l’ingénieur du son, il a rigolé. Mais moi j’aime bien ce son : j’ai un seul micro, c’est mon micro voix, j’enregistre tout avec. Ca donne un enregistrement « lo-fi » mais qui me convient tout à fait. Et puis j’ai bien aimé le faire tout seul. A part pour la batterie, parce que c’est un instrument qui est très difficile à enregistrer et puis avec mon petit micro j’aurais pas pu faire de bonnes prises. » Cette configuration un peu DIY lui a permis de prendre tout le temps qu’il voulait. « L’ingénieur du son a rigolé quand je lui ai montré ce que j’utilisais mais il était content du son. Comme quoi on peut, même avec un équipement minimal. Et puis surtout, ne pas avoir à payer les journées de studio, ça signifie pouvoir prendre le temps pour savoir ce que tu veux. Il n’y a personne pour te dire que t’as déjà passé vingt heures sur ce morceau. Ce que j’ai perdu en qualité d’équipement, je l’ai gagné en qualité d’oreille, de sensation, et de travail. »

Depuis un an maintenant, Black Yaya joue son album, seul sur scène avec sa guitare. « Pour moi, c’est pas marqué sur le ticket que tu vas avoir la même chose que sur le disque. Limite j’ai toujours préféré les concerts où c’était différent, puisque le disque tu l’as chez toi : tu vas pas en concert pour l’écouter sur une grande sono. J’estime que ce qu’il y a d’intéressant dans un disque, c’est les chansons. Les arrangements c’est important au moment où je fais le disque, mais je me sens pas l’obligation de les jouer en live de la même façon. » Ce qui lui plaît surtout, c’est de recommencer à jouer dans les petits clubs. « Un des plaisirs de changer de nom justement – qui est annexe à l’album mais qui est très important dans ma vie, parce que finalement l’album c’est sur une période donnée, mais la scène, ça reste ce que je fais tous les jours. Et un des plaisirs c’est de pas avoir la tentation de jouer une chanson. Ça me dérange pas qu’on m’en demande, mais au moins j’ai pas l’impression de trahir ces personnes en le faisant pas. »

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A nouveau, Black Yaya exprime son bonheur de ne ressentir aucune contrainte. « J’ai pas envie de décevoir les gens qui aiment ‘Tell Me Something I Don’t Know’ par exemple. Mais là comme c’est un nouveau nom, un nouveau projet, je me sens aucune obligation, ni interdiction d’ailleurs. Si j’ai envie d’en jouer, je le ferai. »

Réclame

Black Yaya, le premier album de Black Yaya, est paru chez City Slang le 2 mars.
Black Yaya sera en concert le 17 avril au Café de la Danse et le 29 avril au Printemps de Bourges
Crédit photo : Thomas Salva


Remerciements : Aymeric (City Slang)

Catégorie : A la une, Entretiens
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