Entretien avec Klô Pelgag

Au Printemps de Bourges, on croise de plus en plus d’artistes québécois. Et même si leur accent ne s’entend pas forcément quand ils chantent, ils ont une autre conception de la musique, qui leur permet une approche différente. C’est ainsi que Le Transistor est tombé sur Klô Pelgag, maintes fois récompensée lors de festivals canadiens. La jeune femme, qui vient de sortir son premier album L’Alchimie des Monstres, a pris le temps d’expliquer d’où lui venait son imagination si fantasque pour décrire des situations bien réelles.

Klô Pelgag

Chloé a toujours su qu’elle allait faire une carrière artistique et que ses études ne serviraient qu’à sa culture personnelle. « Au début je me disais que je pourrais faire comme mes parents et être travailleur social. Et faire de la musique à côté. Mais non, j’ai décidé d’avoir du fun. »

Ce premier album, L’Alchimie des Monstres, ça fait quatre ans qu’elle le mûrit. « Pendant ces années de réflexions, j’avais aucune idée que j’allais faire un album. C’est toujours un peu particulier le premier : on est toujours dans un état de perfectionnement, on se demande si c’est prêt à être montré au monde. Avec le premier album, on établit une signature, une personnalité que je vais essayer par la suite de transformer et d’emmener ailleurs. Pour pas stagner dans la même chose. »

Sa signature, c’est cette poésie du langage très recherchée.« J’ai toujours été un peu l’extraterrestre dans mon entourage, partout où j’étais. Mais je cherche pas nécessairement à être étrange. Et puis en même temps, j’ai toujours eu un goût pour les mots, les marier ensemble, ou leur donner un autre sens. J’ai toujours aimé la poésie, et la littérature, je pense que c’est aussi de là que vient mon rapport à la langue et l’écriture. » Chloé tente alors de décrire son processus de composition. « J’écris comme un souffle… En fait, j’ai commencé à écrire pour me soulager, pour faire sortir les choses. Donc les chansons expriment un sentiment. Ensuite, au lieu de répéter ce sentiment comme une exactitude qui décrit mon mal-être, j’essaie de le transformer… pour que la chanson ait toujours un sens, même quatre ans après. »

Sans chercher la métaphore, Klô Pelgag laisse les images s’imposer à elle. « A part pour ‘Rayons X’, sur laquelle j’ai plus réfléchi. J’ai choisi des mots que j’aimais, que j’avais envie d’employer. Puis j’ai écouté un documentaire, et j’y ai mélangé une histoire personnelle. Ca fait cette chanson-là, plus expérimentale je dirais, plus progressive quelque part, moins conventionnelle dans la forme, mais sinon c’est super naturel et spontané comme processus pour moi. » Malgré tout, il lui faut se construire une bulle pour pouvoir composer. « J’ai de la difficulté à écrire quand il y a beaucoup de personnes, j’ai besoin d’être seule pour me libérer l’esprit et faire rentrer autre chose. Pour trouver l’état. Parce que je suis entourée de beaucoup de musiciens, c’est rare que j’aie des moments seule. C’est pour ça que j’aime la campagne : parce qu’il y a moins de distractions. Il y a de grands espaces, et pas ces panneaux publicitaires, qui t’étranglent ! »

Cet imaginaire si développé lui vient probablement de sa Gaspésie natale. « L’environnement a souvent un impact sur notre vision des choses, même inconsciemment. Peut-être que si j’avais grandi à Montréal, je verrais pas les choses de la même façon. Mais je viens de la campagne donc j’ai ce côté rural en moi… J’aime la nature et je pense que ça se retrouve dans le vocabulaire aussi, relatif à la mer. » Cette région isolée du Canada, sans aucun accès à la culture, a été pour elle un stimulant créatif. « Quand t’es dans un petit espace où il se passe pas grand chose, il faut que tu trouves le plaisir. Parce qu’au bout d’un moment donné, tu comprends c’est quoi la mer, donc tu t’ennuies. C’est pas comme quand on va en ville où il y a plein d’activités. Il y a moins de gens, donc tu rencontres moins de personnes. J’ai eu les mêmes camarades à la garderie, puis à l’école primaire et secondaire : tout le temps les mêmes personnes ! Donc t’essaies de trouver ton plaisir ailleurs, c’est super inspirant. »

Au final, son album paraît basé sur une formation savante, sans que Klô Pelgag n’ait suivi de formation musicale. « J’ai suivi des cours quand j’étais petite avec une professeure privée. Puis après j’ai réappris par moi-même parce que je me suis rebellée une peu… contre la dictature de mes parents. C’est l’orchestration classique qui fait que ça a l’air étudié : je travaille avec mon frère sur les arrangements. J’ai une bonne oreille, c’est comme ça que trouve les harmonies au chant, et lui les transpose avec des instruments. » Chloé recherchait en effet ce côté orchestral sur ce premier album. « Je trouve que ça rajoute une richesse. Quand t’es tout seul, le rapport avec la chanson est beaucoup plus intime. Avec plein d’instruments, il y a plein de choses à prendre en compte : c’est plus d’harmonies, plus de texture, plus de couleurs… Donc moi je trouve ça intéressant, mais tout autant que ce rapport plus intime. Je pense que ça dépend des périodes. »

Sur scène, avec tous ses musiciens, la complicité est évidente. « Ce qui est important pour moi, c’est que les musiciens se sentent très impliqués. Je cherche à mettre tout le monde en valeur, à mettre la personnalité de chacun en avant. C’est super important aussi qu’on soit proches, que tout le monde s’aide, un peu comme une famille. » Pour rajouter à ce côté convivial, tout le monde est déguisé. « Pour vrai, je trouve que ça amène une unité et une cohérence, et que ça impose un univers. En même temps, on se déguise pas toujours non plus, mais moi j’aime bien. J’ai l’impression qu’on est comme une équipe : on se déguise en sportif. J’aime l’état d’esprit, que tout le monde se donne à fond et qu’à la fin du spectacle on ait tous travaillé fort : j’aime me sentir épuisée d’avoir trop cherché les idées à leur donner. »

Réclame

L’Alchimie des Monstres, le premier album de Klô Pelgag, est déjà disponible.
Klô Pelgag sera en concert le 10 juin au Cent Quatre
lire le live report de Klô Pelgag aux Studios Ferber


Remerciements : Pierre-Henri Janiec

Catégorie : A la une, Entretiens
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