Entretien avec Bosnian Rainbows

The Mars Volta est mort, vive Bosnian Rainbows ! A peine sa tournée de retrouvailles avec At The Drive-In finie, Omar Rodriguez-Lopez a quitté Cedric Bixler-Zavala pour retrouver l’excitation de composer au sein d’une nouvelle formation. Le guitariste raconte ses premiers émois avec Deantoni Parks, Teresa Suarez du groupe Le Butcherettes et Nicci Kasper. Les quatre amis fusionnels parlent de leur rencontre, de leurs vacances-compositions, et de leur osmose végétarienne entre deux éclats de rire impromptus.

Bosnian Rainbows

Sans le savoir, ceux qui étaient au concert du Omar Rodriguez-Lopez Group au Nouveau Casino (lire le live report) ont assisté aux débuts des Bosnian Rainbows : « Cette tournée avait été bookée cinq mois auparavant, et quand on a formé le groupe, on s’est dit qu’on allait en profiter. Mais trois semaines avant le début de la tournée, on n’avait même pas de nom ! »

Bosnian Rainbows

Bosnian Rainbows

En effet, tout s’est apparemment déroulé de manière très naturelle… « C’est le groupe qui nous a appelé à se former : Deantoni avait récemment rejoint The Mars Volta, il m’a présenté Nicci, et j’avais déjà produit l’album de Teresa avec Le Butcherettes. On s’est même pas dit qu’on avait envie de jouer ensemble, ça s’est fait tout seul. » Omar Rodriguez-Lopez compare les débuts de Bosnian Rainbows au fait de tomber amoureux. « On se retrouve dans des situations, et sans s’en rendre compte, on vit déjà ensemble, et on parle les uns pour les autres et on rit aux mêmes blagues. Certains ont un moment de révélation, mais pour nous c’est un peu plus obscur. Et on n’a pas tellement envie de l’analyser : on est juste heureux parce que ça n’arrive pas tous les jours. »

Au-delà d’un groupe, Bosnian Rainbows est un collectif d’amis. « Tout le monde fait tout, même le mot collaboration ne rend pas justice à notre processus. C’est difficile pour qui que ce soit d’extérieur de comprendre le haut niveau d’intuition qu’on a les uns avec les autres. Deantoni et Nikki travaillent ensemble depuis plus d’une décennie, donc c’est comme s’ils étaient parents maintenant. De mon côté, je bosse avec Deantoni depuis 2006, et avec Teresa depuis 2007. Mais au-delà des tournées, on vit ensemble. Il n’y a pas de planning, de répétitions, on est ensemble tout le temps. » Et c’est dans un esprit de communauté que les membres interagissent. « Beaucoup vivent seuls, et ne réalisent pas comment ils pourraient servir quelqu’un d’autre qu’eux-mêmes. Mais au sein du groupe, nous réfléchissons au projet en priorité. Notre alchimie créée quelque chose de plus grand. Parce que chacun d’entre nous est un leader, un compositeur, un songwriter. On pourrait très bien être en solo, on n’a pas besoin les uns des autres et on choisit de faire de la musique ensemble. »

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C’est ainsi que la composition de leur album s’est déroulé comme des vacances. « On était au bord de l’océan pendant six semaines, et tous les jours on cuisinait des brocolis à l’ail, trois fois par jour. On regardait des films ensembles, on riait beaucoup, on débattait de ce qui se passait dans le monde extérieur… Puis d’un coup, quelqu’un allait dans le salon où se trouvaient nos instruments. Parfois pendant trois semaines personne n’y mettait les pieds, et d’un coup on s’enfermait pendant 2 heures pour ressortir avec dix chansons. » Omar Rodriguez-Lopez insiste sur le fait qu’il peut enfin se sentir lui-même. « Ce groupe est la plus grande personnification de l’expression de la créativité. Elle a pris le pas sur nos vies. On est tous très talentueux, et on est fatigués de vivre dans un monde où on est censé se sentir mal d’être aussi talentueux. On accepte d’être conscient de notre talent ou de nos points forts, mais aussi nos points faibles qu’on essaie d’améliorer. »

Par rapport à l’interview réalisée en juillet 2012 aux Eurockéennes (lire ici), Omar Rodriguez-Lopez paraît serein. « C’est parce que j’ai trouvé ce groupe, ce niveau de communication. Je n’ai jamais été entouré par des personnes aussi créatives, encourageantes et douées. C’est un cadeau d’être capable de se sentir humble ! The Mars Volta, c’était mon groupe avec Cedric, mais je prenais en charge à peu près tout. C’était un groupe génial mais la meilleure chose qu’il m’ait apporté ça a été de rencontrer Deantoni. » Chaque jour avec Bosnian Rainbows, le compositeur réalise la chance qu’il a de pouvoir faire ce qu’il veut et de pouvoir vivre de son expression musicale. « Ce qui est formidable avec ce groupe c’est que je ne me suis jamais senti aussi petit ! Je sais que je suis talentueux, mais j’ai aussi cette chance d’être le maillon faible dans cette chaîne. C’est une chance d’être dans cette position. Cette expérience d’humilité, ça remet le monde dans une autre perspective. On en apprend tous les jours. Et du coup on peut donner sans arrêt, sans se sentir forcés. »

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D’un coup, comme pour couper court à la logorrhée enthousiaste, Deantoni explose d’un rire extrêmement contagieux. Omar Rodriguez-Lopez explique : On peut rire les uns des autres parce qu’on a une compréhension profonde les uns des autres, et de ce qu’on a envie de dire.
Nicci : J’aimerais souligner un truc qui paraît peu pertinent, mais qui l’est : on est tous végétariens. Et ça veut dire quelque chose. On est tous sur la même longueur d’onde. On est tous dans une quête personnelle. C’est pas que nos esprits sont entrés en collision pour en faire bénéficier le monde, c’est qu’on s’est retrouvés parce qu’on avait le même état d’esprit.
Teresa : Tout est une question de timing.
Omar : La clé c’est de donner. Ça te rend tellement plus heureux que de prendre, parce que ça se vide forcément. Quand on prend, on n’est jamais rassasié, alors que quand on donne, on se remplit à chaque fois. Ça marche à l’inverse de ce que tout le monde pense. La philosophie du groupe c’est de donner et partager. Chacun donne en permanence, même quand ils n’ont pas l’impression de le faire. Mais on prend tous aussi.
Deantoni est pris de spasmes de rire, Nicci devient alors cryptique et Teresa commence à s’autoanalyser.
Nicci : On a toujours l’opportunité d’écrire les dix dernières pages du livre. J’essaie pas non plus de retravailler tout depuis le chapitre un, c’est tout ce que j’essaie de dire.
Teresa : Quand on donne, c’est aussi parce qu’on a envie de reprendre tout de zéro. De se libérer du poids du passé. C’est pour ça que j’ai donné, mais maintenant je réalise que c’était égoïste de ma part. Je donnais pour moi, pour me sentir mieux. Mais c’est un processus différent pour chacun, j’ai donné parce que je voulais oublier. Mais il faut que j’arrête de me sentir aussi coupable. »

Avec les Bosnian Rainbows, Omar Rodriguez-Lopez n’a pas peur de recommencer de zéro. « Beaucoup de personnes pensent en terme d’industrie. Nous on change et on vit, certains vivent leur vie en changeant et évoluant, et la mort arrive, l’amour est trouvé et perdu… Et d’autres veulent juste la même chose : la même musique, pour être sûrs de vendre. Mais il ne faut pas céder à la peur de l’industrie. » Parce qu’après tout, une fois qu’on a réalisé tout ce qu’on voulait faire, ne reste plus qu’à entreprendre ce dont on a peur.
Nicci : La vie commence en dehors de votre zone de confort ! »

Réclame

Bosnian Rainbows seront au Berlin festival le 6 septembre 2013.
Leur premier album Bosnian Rainbows est paru chez Differ-Ant.


Remerciements : Marion Seury

Catégorie : A la une, Entretiens, HIDDEN
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