Entretien avec Parquet Courts

Pour les adeptes de punk, les Parquet Courts se posent là. Leur premier album est réfléchi mais pas forcément développé, afin de garder le concept d’origine de Johnny Rotten et confrères. Et pourtant, malgré des angles peu polis, Light Up Gold a été acclamé de partout aux Etats-Unis. Le Transistor les avait loupés en warm up de Primavera mais s’est rattrapé aux Eurockéennes de Belfort pour une discussion quelque peu décousue avec les frères Savage au chant et à la batterie, Austin à la guitare et Sean à la basse.

Parquet Courts

Pour la petite anecdote, tout a commencé à l’université avec les Knights of the Round Turntable (Les Chevaliers de la Platine Ronde)
Austin Brown : Dans mon dortoir, je suis tombé sur un flyer pour ce club de musique.
Andrew Savage : oui, c’était un club que j’avais lancé à l’université. Il y a 10 ans. »

Parquet Courts by Heather Strange

Parquet Courts by Heather Strange

Dix ans déjà, alors qu’à les écouter, les Parquet Courts dégagent une énergie adolescente.
Max Savage : On est vieux.
Austin : Je crois qu’on est même censé être des adultes maintenant.
Andrew : Mon âme est vieille, elle a 78 ans.
Sean Yeaton : La mienne est en pleine crise de la quarantaine. Elle achète une convertible et couche avec une âme de moitié son âge.
Leurs âmes musicales doivent au moins être nées dans les années 70 pour être à l’origine d’un nouvel essor du mouvement punk. Le groupe rétorque à grands cris.
Andrew : Le punk n’est pas mort, c’est juste qu’il est pas mainstream.
Austin : Il y a toujours du punk, partout.
Andrew : Peut-être qu’on le trouve pas dans les festivals comme les Eurockéennes, mais dans les squats… mais c’est peut-être comme ça que ça doit se passer.
Sean : En plus, le meilleur groupe de punk est français : regarde Métal Urbain ! »

De là découle tout un débat sur ce qui définit le punk.
Austin : Cheveu par exemple, pour moi c’est du punk. Punk c’est une attitude, c’est pas dans le son.
Andrew : Quand le punk a commencé,
Austin : il n’y avait aucune règle,
Andrew : sur le nombre d’accords à jouer, ou la durée des chansons. C’était une question d’attitude,
Austin : ils ont justement brisé les règles !
Andrew : C’est comme ça que le punk a commencé : c’est comme ça qu’il a gagné son nom. Par la suite, ce style a été co-opté par la mode, et les médias mainstream. Nous on arrive après, avec du recul par rapport à la manière dont ça a été markété.
Austin : Dead Kennedys, Black Flag, Blondie, Devo sont tous des groupes de punk maintenant, même s’ils sonnaient tous différemment.
Max : C’est devenu comme une étiquette pratique.
Andrew : C’est comme le terme garage : c’est la version indie rock du punk.
Max : Mais Kurt Cobain par exemple, il n’a jamais considéré Nirvana comme un groupe de grunge : pour lui, c’était du punk.
Austin : C’est important de clarifier. Parce qu’une fois que l’esprit du punk a été corrompu, il y a eu des groupes de synth-pop qui se sont réclamé du punk. Alors qu’ils n’en font pas du tout ! Et ça c’est dégueulasse ! »

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La pochette de l’album d’un jaune éclatant, accompagnée d’un titre très solaire, ne laisse en rien présager du son très cru et sombre de Light Up Gold.
Andrew : “Light up gold was the colour of something you were looking for”. C’est le refrain. Si tu comprends pas, c’est que tu as un réel problème dans ta vie.
Max : Ce qu’Andrew essaie de dire avec ce refrain, c’est quelque chose que chacun porte individuellement en soi, un positivisme nécessaire pour trouver une harmonie…
Andrew : Non tu vas chercher trop loin, peut-être que c’est juste une métaphore.
Max : Justement, ce contraste entre le son de l’album et le titre qui l’annonce met l’accent sur la quête, le parcours que tu dois accomplir pour trouver ce que tu cherches. En apparence, le son ne s’accorde pas avec le titre, mais dans l’esprit, la démarche, ils concordent. »

Peut-être est-ce à cause de leur étiquette punk justement mais les Parquet Courts se trainent une réputation de fainéants…
Andrew : En matière de musique, on est pas des flemmards !
Austin : On a enregistré l’album en trois jours,
Andrew : on a fini quinze chansons en moins de 30 heures.
Austin : On avait un album plus que complet en cinq jours. Et je sais qu’il y a des groupes qui sont payés bien plus que nous, et qui pourtant n’arrivent pas à finir une chanson en une semaine… Donc on peut pas dire qu’on est des flemmards.
Pour la petite anecdote, les Parquet Courts ont dû se faire porter pâle à leurs boulots respectif pour pouvoir enregistrer l’album.
Sean : Pour moi c’était très drôle parce que le studio d’enregistrement est
Andrew : genre à deux pas de son taf !
Sean : Du coup, je pouvais juste pas sortir, sinon j’allais me faire griller !
Andrew : Et après, le pire c’est qu’il est réellement tombé malade ! »

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A les entendre, le plus dur reste les tournées.
Sean : On a pas dormi depuis au moins 24 heures !
Austin : Bien plus que ça !
Max : Sincèrement, rien pour le manque de sommeil, c’est pas évident. On en vient à sortir de son propre corps, et on se regarde prendre des décisions.
Andrew : Et là on se demande : mais pourquoi je viens de dire ça ?
Max : et tout le monde peut se mettre à notre place… Parce que tout le monde connaît la souffrance du manque de sommeil. »
Et à leur retour d’Europe, il va falloir retourner travailler pour renflouer les caisses.
Andrew : Mais j’aime bien mon boulot : je parcours New-York à vélo. C’est pas un fixie, il a sept vitesse. Je livre des marchandises, donc je peux voir toute la ville. C’est une source d’inspiration : ça me donne l’occasion de bouger mon corps, et me permet de ressentir le rythme de la ville… »

Réclame

Light Up Gold, le premier album des Parquet Courts est distribué par PIAS.
Les Parquet Courts seront en concert à la Route du Rock et à Rock en Seine ainsi qu’au Marché Gare de Lyon le 25 octobre !
Lire le live report des Parquet Courts aux Eurockéennes


Remerciements : Ephélide et Valérie (PIAS)

Catégorie : A la une, Entretiens
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6 réactions »

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