Primavera Sound festival – Jour 2

Deuxième jour, le vent commence à souffler sur Barcelone. Le Transistor se laisse inspirer par les recommandations glanées en chemin. Mais comme on comprend pas bien le Catalan, on a pas eu récolté que des bonnes surprises. On se retrouve avec les jeunes Peace, les expérimentaux OM, un Last Splash avec The Breeders, une rencontre de taille avec The Jesus and Mary Chain, de l’émotion avec Blur, une comédie musicale avec The Knife et un peu de n’importe quoi avec King Tuff.

Peace

C’est des Anglais, et ça se voit. Rien que l’air de vaurien du chanteur, avec col fourrure et lunettes soleil, crie son amour pour les Babyshambles. Mais peu importe le look, le bassiste a un bon style et le batteur est déterminé. L’ensemble est dansant et électrique, jusqu’au virage psyché très Pink Floyd-ien. A fond dans leur épopée guitaristique, le groupe en oublie le public. « On a jamais fait ça avant », admet le chanteur. Le peu qui se trouve encore devant la scène est certainement ravis d’avoir été présents pour cette expérience. Ils auront le droit de danser sur ‘Lovesick’, qui a un réel potentiel pour les stades.
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OM

On a beau faire toutes les blagues possibles et imaginables sur l’affiliation de ce groupe à une équipe de foot française, on rigole moins face au look de métalleux de l’OM. Leur audace expérimentale les pousse à mêler des envies orientales avec du drone. Le résultat est hypnotisant, sans pour autant être saisissant. Leurs compositions ne comportent aucune mésaventure : c’est tellement posé qu’on a un peu l’impression que ce trio de San Francisco est en train de donner une leçon de musique.
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The Breeders

L’album, on le connaît : sorti en 1993, il comportait l’excellent single ‘Cannonball’, qui n’a pas pris une ride. D’ailleurs, en jouant Last Splash dans l’ordre originel, The Breeders s’exposaient à perdre leur audience dès la deuxième chanson. Et finalement, le public n’est pas uniquement composé de curieux, puisque bientôt tout le monde reprend ‘No Aloha’ en chœur. Rassurées de jouer devant un public qui les apprécie réellement, les sœurs échangent des sourires radieux. Kelley a l’air de lutter un peu sur sa guitare, comme si elle avait oublié quelques tablatures audacieuses de l’époque mais personne ne lui en tient rigueur. L’humeur est bon enfant, Kim taquinant Josephine dès qu’elle le peut.

Les deux sœurs s’appliquent à jouer l’album à la lettre, expliquant que ‘Flip Side’ doit son nom au tracklist, car le morceau était à la fin de la première face du vinyle… tout un concept pour un public de 2013. The Breeders égrènent l’album et le public plonge dans une nostalgie, surtout quand Kelley se prend à esquisser les fameux mouvements de danse d’Uma Thurman dans Pulp Fiction. On revit des souvenirs avec ‘I Just Want To Get Along’, savourant leur plaisir manifeste à être présentes. Bientôt, tout le monde danse sur ‘Hag’ et ‘Saints’… Pour finir, après quelques surprises, sur la délirante ‘Don’t Call Home’.
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The Jesus and Mary Chain

Les Britanniques se présentent dans un larsen d’installation. ‘Snakedriver’ commence à transporter, mais quelque chose retient la foule : tous sur scène affichent un air sérieux. Extrêmement concentré, William Reid ne lève pas le nez de sa guitare tandis que son frère tente de prendre un air détaché par rapport aux marques d’affection du public. On a envie de reprendre ‘Far Gone Out’, mais le chanteur a décidé de tourner le dos à la fosse et enchaîne avec ‘I Don’t Care’. Il semble juste attendre que le concert se passe, comme il le chante sur ‘All Things Must Pass’. Jim Reid reste insensible à la clameur qui monte sur ‘Some Candy Talking’ et certes le contraste est voulu mais même son ‘Cracking Up’ est délivré d’un ton monocorde.

Heureusement, le leader se détend enfin sur ‘Happy When I Rains’, et il commence à jouer avec le public de cette relation d’amour-haine qu’il échafaude depuis le début du concert. Ainsi, il s’amuse à attiser la foule en balançant des titres de chansons comme ‘Halfway To Crazy’, ou à stopper l’intro de ‘Just Like Honey’ pour frustrer tout le monde. Au final, tout ce manège lui permet de maintenir l’attention du public, mais la tension installée, le concert ne décolle réellement que sur ‘Reverence’, qui prend des airs de rappel. Et le final sur ‘Never Understand’ sera des plus abrupts.
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Blur


Quand on approche de la scène, pourtant un peu en avance, on entend la fin d’un morceau et la foule qui s’excite. On apprendra plus tard qu’on vient de louper The Wedding Present venus pour un impromptu de trois chansons. Ca commence bien !
Blur débarque, et pour ceux qui ne réalisent pas encore, fout la claque de départ avec un ‘Girls & Boys’ retentissant. Le groupe n’a plus vingt-cinq ans, mais ça n’empêche en aucun cas à Graham Coxon de se lancer dans une roulade sur ‘For Tomorrow’ ou Damon Albarn de descendre dans la fosse pour saluer les premiers rangs sur ‘There’s No Other Way’.

Le chanteur se régale de l’émotion que déclenche ‘Out of Time’, avant de repartir rageux sur ‘Trimm Trabb’. Ces virages de setlist prouvent à quel point Blur a réussi à se renouveler au fur et à mesure des albums, sans jamais s’ancrer dans un style brit-pop.
Puis vient l’enchaînement-qui-tue, celui fait défiler les tubes avant même le rappel : ‘Coffee & TV’, ‘Tender’, ‘Country House’ et ‘Parklife’. Certes, Damon Albarn fait le con, et du coup se plante dans les paroles, chantant même un peu faux, mais c’est pas grave : le public est là pour le rattraper. La furie du public a été déchaînée, on peut revenir aux choses sérieuses avec ‘End of a Century’et ‘This Is A Low’.

Les lumières s’éteignent, la foule trépigne. Blur revient avec un de ses nouveaux titres ‘Under The Westway’. On savoure ‘The Universal’, mais il est temps de mettre fin à la nostalgie ambiante ! Le moment est venu de sauter en chœur sur la fameuse ‘Song 2’.
Et pendant tout le reste du festival, dans toutes les files d’attentes, retentira le thème de ‘Girls & Boys’.
YouTube Preview Image Blur seront aux Eurocks, au Paléo et au Sziget.

The Knife

Les retours du concert parisien ont été assassins, et clairement, quand on voit une chorégraphie en peignoir pailleté, sur des percussions tribales, on se dit qu’il y a de quoi être déconcerté. On perçoit à peine les instruments (était-ce réellement un keytar qu’on a vu passer ?), donc par dépit les caméras se fixent sur les mouvements de danse synchronisés. Le groupe pourrait jouer sur une bande qu’on y verrait que du feu.

The Knife redouteraient-ils la transposition scénique de leurs compositions abstraites ? Et dans un sens, cette disposition ne serait-elle pas plus intéressante que de voir des autistes ne levant pas le nez de leurs machines ? Peut-être qu’on a pas besoin de percer le secret d’élaboration de leurs morceaux… Au contraire, cette mise en scène rend leur musique plus ludique, plus accessible. C’est une illustration, une interprétation de leur travail, lui donnant au passage une profondeur.

Le duo casse ainsi les codes, et retire le côté religieux apporté à tout ce qui est expérimental. La musique n’est pas faite pour être écoutée, elle est faite pour être vivante, sinon autant rester chez soi. A défaut d’improvisation, le groupe a une présence scénique même si parfois leur performance rappelle West Side Story.
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King Tuff

Pour finir la soirée sur une note d’humour (et attendre le premier métro), on rejoint King Tuff. Au début, on a un peu l’impression de nager en plein Boots Electric de Jesse Hughes, l’alter ego redneck de Josh Homme. Tout dans le set respire la dérision, jusqu’aux lettre dorées arborées sur la veste en jean du guitariste. Cependant, Kyle Thomas ne semble pas du tout assumer les chansons d’amour qu’il déclame : il insiste de son ton mielleux, comme pour souligner son deuxième degré. On dirait que ce groupe s’est monté après avoir perdu un pari : avec le gage de composer des mélodies pop. Et pour faire comprendre son intention, le chanteur affiche même un air condescendant, assurant ainsi que ‘qui peut le plus, peut le moins’. Dommage qu’il méprise ses propres compositions, parce que le public avait l’air d’apprécier.
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Remerciements : Laura Alvaro

Catégorie : A la une, Concerts
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