Entretien avec C2C

Après la tournée des festivals qu’ils ont claquée cet été, c’était impossible de les louper. Pour la sortie de Tetra, Le Transistor a rencontré C2C, les turntablistes quadruples champions du monde de Disco Mix Club – aussi connus comme à l’origine de Hocus Pocus et Beat Torrent. Pour cette inteview, le Workshop a eu l’amabilité de nous accueillir quelques jours avant l’ouverture.

C2C

Crevé par une journée promo surchargée, 20Syl commence par mettre dans l’ambiance avec un petit coup de pression : « Va falloir que tu réussisses à nous tirer des trucs qu’on a pas dits en boucle toute la journée »

C2C s’est formé il y a quatorze ans déjà, et vient de sortir Tetra… leur premier album !
20Syl : Il s’est passé plein de trucs, et puis on a fait déjà 3 disques. On a eu du succès dans d’autres pays.
Pfel : au Tibet on est numéro 1 dans les charts.
Greem : alors le Tibet pourquoi ?
20Syl : c’était un show avec les musiques incantatoires, ça leur parlait vachement du coup…
Pfel : pendant la prière…
20Syl : on mettait des vinyles sur les bols chantants : on en utilisait quatre en synchro, et on arrivait à sortir des séquences que eux n’arrivent pas à avoir !
Greem : on a joué sur la cordillère des Andes et tout !
20Syl : Ce que je voulais dire à la base c’est qu’on a sortis trois breakbeat qui s’appellent Flyin Saucer I, II et III. C’était hyper important pour nous à la base puisque c’était notre matière première pour faire les championnats. Et y’avait déjà des prémices de compos et des productions… y’a des morceaux écoutables contrairement à ce qu’on peut dire parfois sur ces disques-là.
Greem : mais y’a peut-être des DJ Tibétains qui ont utilisé ces breakbeat, on sait pas.
Atom : on la commence cette interview ?

On se demande ce qui a poussé C2C à se lancer dans cet album tant attendu.
Atom : On voulait le faire depuis la dernière année des championnats du monde déjà, et même avant en fait, dès 2003-04 on avait en tête de faire cet album. Quelques maquettes des premières sessions de travail, en 2006, sont sur l’album d’ailleurs. Mais y’avait des projets et notamment Hocus Pocus qui existait avant C2C et qui avait une histoire à vivre… Et ça nous a permis avec Pfel de faire Beat Torrent, tout simplement. Et quand on a eu le temps de s’y remettre…
20Syl : Ceci dit, si on n’avait pas eu de victoire lors de ces championnats, ou si la vidéo de notre show 2005 n’avait pas eu autant de vues… finalement si on n’avait pas eu de talent on n’aurait peut-être pas fait cet album. Parce que nos projets respectifs fonctionnaient suffisamment pour qu’aujourd’hui encore on puisse continuer à faire des tournées et des albums. C’est aussi parce qu’on a eu nous-mêmes l’impression de pas emmener le truc jusqu’au bout.
Pfel : si on s’était pas rencontrés, on l’aurait pas fait.
Greem : et si ma tante avait des couilles…

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Comme Beat Torrent et C2C jouent dans la même arène, les deux groupes risquent de se faire concurrence.
Greem : Je dirais qu’un projet nourrit l’autre parce qu’on serait pas là sans l’existence de Beat Torrent et d’Hocus Pocus. On a un peu cumulé nos forces et tous les festivals et les disques qu’on a faits, ont contribué à faire grandir l’image de C2C. Et à chaque interview de C2C, on parle de Beat Torrent donc quand on reviendra avec d’autres projets, C2C aura aussi contribué à l’essor aussi de ces groupes. C’est en fait une espèce de cercle vertueux entre ces trois groupes.
20Syl : j’ai l’impression que si y’a un domaine où la concurrence n’existe pas c’est bien le domaine artistique pour le coup. Y’a de la place pour tout le monde.
Pourtant, deux camps s’affrontent déjà entre les fans de Birdy Nam Nam et C2C.
Greem : Est-ce qu’on est obligé de décider qu’il y en a un qui est mieux que l’autre ? Les gens qui étaient au Printemps de Bourges et qui ont vu les deux groupes dans la même soirée ont dû se rendre compte que c’était pas la même chose musicalement – sauf s’ils ont beaucoup bu ou pris beaucoup de drogues…
Atom : les gens associent les deux groupes parce que y’a des platines, mais à un moment il faut comprendre que ce qu’on appelle du platinisme : c’est une manière de faire de la musique mais c’est pas un style de musique. On utilise des platines mais tu peux mettre le disque que tu veux. Et les Birdy Nam Nam c’est de l’electro – sans jugement de valeur !
Cette guerre est donc purement médiatique.
20Syl : Est-ce qu’aujourd’hui tu pourrais dire que Blur a empêché Oasis d’exister ou l’inverse ?
Atom : certes y’avait des camps dans les cours de lycée, mais c’est quand même la presse musicale qui a entretenu l’affaire.
20Syl : c’était illusoire, et commercialement ça a servi tout le monde. C’est marrant à observer ceci-dit. Et même à vivre parce que pour nous cette confrontation on la voit tout le temps… mais on se dit que c’est que des foutaises.
Pfel : et puis c’est amplifié par le phénomène de Battle dans lequel on était, avec les championnats du monde etc… Y’a cette compétition pré-existante qui joue, qui est différente d’autres milieux musicaux.
Greem : Mais y’a plein d’autres groupes de turntablime en France. C’est un peu réducteur de résumer cette scène-là à deux noms.

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Il ne reste que peu de temps, il faut faire un choix pour la dernière question entre : a) le label On and On / b) la dimension vidéo de leur show / c) leur technique aux platines…
Greem : Soit D, la réponse D.
Pfel : on peut parler de Rémi Paoli et de la vidéo.
Atom : déjà l’histoire c’est qu’on a fait un concours sur FB en proposant une démo à partir d’un graphisme à animer sur une musique, pour voir qui était « le meilleur » – encore cet esprit battle… Et Rémi Paoli faisait partie de ceux dont on appréciait plus le travail. Et finalement il était hyper motivé, et il a commencé à bosser des animations qu’on testait au fur et à mesure. Et on s’est rendu compte assez tard finalement qu’il était DJ aussi. Donc il pouvait savoir comment les moduler les animations en fonction du scratch. Il a vraiment pu rentrer dans le détail !
20Syl : C’était un vrai échange.
Atom : C’est un mec qui est talentueux et qui a compris tout de suite notre univers. Le travail était quand même assez drivé, on avait imaginé des animations graphiques très simplistes à la base : 20Syl faisait des schémas sur Illustrator, donc on avait des planches très claires. Mais un jour on lui a laissé plage libre, et il nous a montré une présentation de nos quatre modules collés sur ‘FUYA‘ et on est tous restés scotchés. Cette version n’a pas bougée, et c’est celle qu’on joue encore aujourd’hui. Il nous a mis une bonne claque ce jour-là !
Pfel : et on l’a refait travailler sur le clip d’’Arcades‘ : comme il avait envie de se lancer dans la réal, d’un commun accord on lui a fait confiance pour qu’il s’éclate sur un de nos morceaux. On va retravailler avec lui, parce que de toute façon, il fait partie intégrante de l’équipe qui a bossé sur le live.
Atom : bon, c’est pas tout mais j’ai faim moi…

Réclame

Tetra, le premier album de C2C, est disponible depuis le 3 septembre chez On and On Records/Mercury (Universal)
C2C sera en concert au festival Marsatac, à l’EMB Sannois le 29 septembre, au File 7 de Magny Le Hongre le 4 octobre, au Nordik Impakt de Caen, le 10 novembre à l’Olympia et le 1er mars au Zénith de Paris.

Le Workshop est un bistro chic qui fait bar tapas, mais aussi concept store, et accueille expos et DJ’s… C’est au 173 rue Saint Martin 75003 Paris (Metro Chatelet/Rambuteau)


Remerciements : Lucie (Mercury) Yann (On and On Records)

Catégorie : A la une, Entretiens
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