Les Vulves Assassines et Mamacita Matadora à la Cigale
Il y a des concerts qui transforment une salle entière en terrain de jeu, de colère, de soin collectif et de sueur. Avec les Vulves Assassines et leur nouvel album Vulcanae Rock’n’rolla, la Cigale n’a jamais vraiment choisi entre le concert punk, le meeting politique et la fête de village sous tension. Tant mieux. En première partie, Le Transistor découvrait Mamacita Matadora.

Mamacita Matadora
Seule sur scène, Mamacita Matadora ouvre le bal avec une intensité immédiatement palpable. Son punk électro passe du français à l’anglais sans demander la permission, comme si aucune langue ne suffisait tout à fait à contenir ce qu’elle ressent. La performance est frontale, physique, mais aussi étonnamment intime.
La santé mentale, la sensation d’être « too much », le droit de prendre sa place même lorsque cela fait mal : les thèmes surgissent sans filtre, portés par des phrases qui trouvent immédiatement leur chemin. « I deserve this space even if it hurts », puis « I’m enough, you’re enough ». Le public écoute, trépigne, répond.
« On ne se connaît pas mais je vous aime déjà », lance la musicienne. Le ton peut être tendre, mais immédiatement basculer sans prévenir. Elle ravive cette image de sorcières que personne n’a réussi à brûler, professe leur menace lancée à qui les croiserait dans la forêt, ou aux hommes qui se frottent aux femmes dans la rue. Les morceaux agissent comme une décharge cathartique. La colère ne se contente pas d’être exprimée : elle est reprise en chœur, déplacée, partagée.
Les Vulves Assassines
Après cette première claque, les Vulves Assassines arrivent pour faire sauter les derniers verrous. Deux silhouettes couvertes de noir, une énergie de guérilla joyeuse et une seule certitude : ici, personne ne restera tranquillement à sa place. Le groupe annonce s’être embourgeoisées en se payant la Cigale, mais elle n’ont rien perdu de leur mordant. « Plus on vieillit, plus on fait du bruit », résument-elles. Programme tenu.
Rapidement, elles balancent leur arme, ‘Das Kapital’, et répètent l’objectif de la soirée : l’éradication du capitalisme. « Si demain c’est le grand soir et qu’on n’est pas prêts, ce serait trop con », précisent-elles. Le concert avance par salves. Les champignons deviennent une métaphore peu ragoûtante de l’extrême droite : “c’est dégueulasse on va s’en débarrasser”. Les « potes écolos de droite » en prennent pour leur grade…
‘La Retraite’ devient un cri de ralliement et les fans montent sur scène. En échange, les Vulves Assassines offrent une guitare en offrande à la fosse. C’est une véritable slam party qui s’organise, sous les paillettes tombées du plafond. Des filles s’élancent, y compris en mini jupe, parce qu’elles savent que la foule les portera avec respect. Et le seul mec qui dérange se fera embrouiller personnellement par DJ Conant et MC Vieillard en direct.
Les Vulves Assassines ne lâchent rien. Entre deux morceaux, elles remercient leur « ingénieur du bruit » et leur « ingénieur de l’épilepsie », manière bien à elles de rappeler que le concert est aussi un grand dispositif de saturation.
Les thèmes refont le monde en quelques phrases bien aiguisées : la violence sociale, les milliardaires, la Françafrique, les injonctions aux femmes à rester à leur place. Une immense chenille est même organisée ! Des bras levés, des corps qui dansent, et cette impression que le concert a fini par absorber toute frontière entre artistes et public.
Les lumières se rallument, mais le mouvement continue. Le public les réclame à grands coups de « Siamo tutti antifascisti », refusant que la fête soit finie. Car ce concert, c’était un espace où le temps d’une soirée, on a transformé la rage en énergie commune, et où l’on a fait du bruit, beaucoup de bruit, avant qu’il ne soit trop tard.
Réclame
Lire le live report des Vulves Assassines à la Maroquinerie
Catégorie : A la une, Concerts
Artiste(s) : Les Vulves Assassines, Mamacita Matadora
Salle(s) : Cigale
Ville(s) : Paris

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