Entretien avec Junip

José González aime à ne pas faire comme les autres ! Quand beaucoup démarrent leur carrière en groupe avec des amis d’enfance, pour ensuite se consacrer à leur projet solo, ce compositeur suédois a décidé de faire le chemin inverse. Après deux albums sous son nom, il revient aux sources avec Junip, formé sur les bancs de l’école en compagnie de Elias Araya et Tobias Winterkorn. Cette année, ils sortaient Junip, le deuxième album du groupe en quinze ans d’existence.

Junip

Le Transistor a attrapé les Suédois au sortir de leur concert à La Route du Rock : Tobias avait l’air d’utiliser un instrument peu réglementaire pour jouer ‘Walking Lightly’. ” C’est ma boite à tabac. Pour cette chanson, on ne joue que sur les notes noires du clavier, donc cette boîte permet de rouler que sur ces notes sans toucher les blanches. »

junip

Avec Fields, Junip avait établi les bases du groupe. Avec Junip, le groupe consolide son identité. « On tenait quelque chose quand on a écrit Fields. Bien sûr j’adore l’album, mais ensuite je me suis dit qu’on pouvait faire mieux, le rendre plus intéressant et je pense que c’est ce qu’on a réussi à faire sur cet album. On a mieux joué ensemble, on a eu plus d’idées, et on a beaucoup tourné, ce qui nous a permis d’être plus à l’aise avec nos instruments. Ce n’est pas non plus une continuité, même si ça nous a aidés de faire cet album d’abord. »

Pour cet album, les chansons proviennent d’improvisations, ce qui a posé la question de la cohérence. « C’est toujours le problème quand on a beaucoup de chansons et qu’on cherche à les assembler. Il nous fallait un truc en plus, quelque chose de direct, comme ‘Villain’. Mais j’avoue que j’adore aussi les albums pour lesquels on ne distingue pas de fil directeur, c’est plus drôle. Beaucoup considèrent qu’il faut avoir un concept, former les morceaux sur une base similaire. Pour moi, le fait que toutes les chansons soient différentes n’est pas un problème, tant qu’on est les mêmes personnes.
Tobias : Pour ma part, les albums que j’adore ont tous un fil directeur : ça correspond à un état d’esprit. Et en même temps, c’est dans ces albums très variés qu’on peut trouver la perle : la chanson extraordinaire, qui sort de nulle part ! Donc oui, j’étais un peu inquiet, mais en même temps, on s’est focalisé sur chaque chanson, pour rendre chacune d’entre elle aussi bonne que possible. Ensuite, l’ordre importe peu, on savait qu’il se trouverait tout seul. »

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Les morceaux de Junip ont été très travaillés, longuement définis, peaufinés. « Comme souvent, après les impros, on part sur une démo, et on se dit que ça pourrait être un super morceau. Et quand on a fini d’enregistrer, on compare et on se dit que c’est devenu quelque chose de très différent de l’idée originale. Ca peut constituer une frustration au début, quand on en est qu’à l’embryon, quand on a besoin de l’arranger pour en faire une chanson, quand on se demande quelle direction prendre. Mais au final, je pense que Fields était bien plus chargé en frustrations. » Ce sont peut-être ces frustrations qui ont fait que Elias Araya a quitté le groupe. « Il ne voulait plus faire partie du groupe, il voulait faire d’autres choses. Je pense qu’il avait besoin d’une pause de notre compagnie… Quand on est dans un groupe, on endosse un certain rôle, c’est comme quand on bosse quelque part, il y a certaines personnes qui te font faire des choses d’une certaine façon, ils agissent d’une manière… Je pense qu’il voulait être un peu plus libre. »

Ce départ a manifestement modifié leurs arrangements de tournées. « Maintenant, on a envie de plus de confort, de passer plus de temps à la maison avec nos familles et nos amis et moins de temps en tournée. Ca nous permet d’être plus à l’aise avec notre musique, d’être moins anxieux dans un sens. Parce que notre préoccupation c’est de faire de la bonne musique. » Tobias explicite un peu les angoisses liées au live. « On débat beaucoup au sujet de la setlist, il faut qu’on trouve un ordre qui nous convienne, pour marier les titres de Fields et Junip. On aimerait bien être plus spontanés, mais on peut pas parce qu’on risque d’oublier quelque chose. Ca ne fait que six mois qu’on tourne avec ce groupe et on a tellement de chose à gérer sur scène…
José : En même temps, c’est seulement de la musique. Donc une fois le concert fini, on se dit qu’on va s’amuser, voyager, ou rentrer à la maison… On essaie de rendre une bonne forme d’art, et en même temps, de s’amuser aussi sur notre temps libre. C’est nécessaire si on veut pas que les tournées deviennent un boulot à plein temps. Il faut garder un équilibre entre la vie et l’art : quand on pense à la musique sans arrêt, on se noie parfois dans les détails. Seulement il y a des moments où il faut simplement jouer de la musique, et retrouver le plaisir de voyager, de créer des souvenirs avec les bons moments, voire de discuter de cinéma et autres…

YouTube Preview Image Pour finir, Tobias raconte son intriguant tatouage à l’annuaire. « C’est le nom de ma femme. J’avais une bague, mais je me sens pas à l’aise quand je la porte. De cette manière, je peux pas l’enlever et encore moins la perdre… à moins qu’on me coupe le doigt. »

Réclame

Junip le deuxième album de Junip, est paru chez City Slang.
Junip vient de sortir un nouvel EP Walking Lightly
Junip sera en concert au Pitchfork Festival Paris


Remerciements : Maxime (Route du Rock)

Catégorie : A la une, Entretiens
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2 réactions »

  • Rock en Seine 2014 - Jour 2 - Le Transistor | Le Transistor :

    […] Pour démarrer la journée en douceur, les Suédois de Junip offraient un moment de détente à la scène de la Cascade. Sur une douce ‘Walking Lightly’, il était possible de se laisser bercer, allongé dans l’herbe, avec les rayons de soleil comme couverture. Après tout, ce n’est pas pour rien que Ben Stiller a choisi ces belles mélodies pour habiller les images de La Vie rêvée de Walter Mitty. Entre les compositions plus psychédéliques de Fields et les refrains rassurants (mais contrastés par des couplés tourmentés) du dernier album Junip, le set est un sans-faute, même si un peu trop court. Lire l’interview de Junip […]

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