Lana Del Rey au Nouveau Casino

Un EP aura suffit à Lana Del Rey pour titiller les curiosités, générer des blasés et même une 4e de Libé. Revue à chaud de son grand oral.

Les préliminaires sont assurés d’une main suave par Seye, un jeune britannique guitare en bandoulière qui, de mélodies bien taillées en riffs pas mal ficelés, parviendra à faire prendre la sauce en quelques morceaux.

Après un raisonnable entracte, c’est sur un léger décor de bal de promo que la prom queen Lana Del Rey fait son entrée.
Entre film noir et réminiscences d’un Pink Floyd assumé (17 ans que l’on se demandait où étaient passés les ballons de ‘High Hopes’), elle se glisse, virginale mais déjà conquérante jusqu’à son micro pendant que ses musiciens (le classique batteur, bassiste, guitariste, homme à tout faire) achèvent l’intro.


Dès les premiers mouvements de lèvres, les doutes sont dissipés: oui, elle sait ce qu’elle fait. Non seulement elle maîtrise ses graves qui l’ont rendue si populaire, mais elle est aussi capable de pousser son amplitude vocale vers des hauteurs vertigineuses sans trembler ou presque.

Elle ne minaude pas, mais installe lascivement son ambiance de téléphone rose. Sur ‘Born to Die’, dont elle fait la promo de la toute récente vidéo, la cavalerie se fait plus pressante, mais elle se bat et impose sa voix en digne maîtresse de cérémonie.

C’est sur ‘Blue Jeans’ que le premier pic se dresse : sa présence, loin d’envahir toute la salle, se fait réconfortante, comme une hôtesse téléphonique lointaine dans une nuit froide et solitaire. L’expérience musclée à laquelle elle se livre déroute mais séduit: l’orchestration se corse, elle redonne du corps et pousse sa propre chanson en dehors de son apparente zone de confort qu’elle semblait ne pas vouloir quitter.

Plusieurs images se croisent sur les morceaux qui s’enchaînent: celle d’une ballade crève-coeur d’une danseuse de boîte à musique que l’on aurait abandonnée (‘Million Dollar Man’), ou bien celle d’une chanteuse de piano bar un rien salace d’une fin de soirée à Reno prête à vous embarquer dans des rêveries doucereuses (‘Radio’).

Deuxième coup de chaud avec le très attendu ‘Video Games’ où la demoiselle pousse la satisfaction à l’identique ou presque de la version studio. Elle maîtrise son discours et sa gestuelle, disant avec ses mains et ses ondulations ce que ses lèvres n’osent murmurer; un peu comme une fille de sénateur républicain conservateur que l’on croise en fin de soirée et qui meurt d’envie de vous raconter toutes les façons qu’elle aurait de faire honte à son cher papa.

Elle impose sa torpeur crapuleuse jusque dans les deux derniers morceaux, ‘You could be the boss’ et ‘Off to the races’, mais semble de plus en plus fixer ses pieds et prendre conscience de ses limites ou plutôt de ce qu’elle s’apprête à faire…

Elle quitte la scène après 40 minutes et 8 chansons, laissant à ses musiciens le soin d’accompagner le feu d’artifice final, ne laissant à son public qu’un recours forcé à l’onanisme devant tant de “cruauté”.

Timidement huée, mais déjà loin, Lana, peut-être coupable de sa propre précocité, confie à sa figure tutélaire, Nancy Sinatra, le soin de raccompagner tout le monde à la porte.

Mais, comme avec toute allumeuse douée, on en redemande…

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Catégorie : A la une, Concerts
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