Dis, tu crois que ça existe, des magnétophones waterproof ?

C’est l’anarchie.

Parfois je me sens comme ce mouton, perdu au milieu de ta carte postale.

La bergerie n’est pas loin. Seulement voilà, pour y arriver, il faut franchir un portail, une rivière, un mur, éviter les voitures, ne pas s’arrêter brouter de l’herbe en chemin. Ne pas se tromper en passant la mauvaise porte – ni en prenant le mauvais sentier.

Je crois qu’on appelle ça la concentration, en vrai. Focus. Quelque chose que j’ai l’impression de perdre de plus en plus. Je suis là, au milieu de mon champ. Je sais que j’ai envie de rentrer dans cette bergerie, ma bergerie. De me mettre à l’abri de son toit, de me lover dans son foin, d’y être seul mais bien. Mais je ne le fais que trop rarement. Tout est prétexte. J’en ris, d’ailleurs, de ce mot. “Prétexte”. “Pré-texte”. Il n’a jamais aussi bien porté son nom. Les prétextes qui m’empêchent d’écrire.

Je me paralyse moi-même. Effrayé, quelque part, par l’immensité de ce qu’il y a à faire. Tant de choses à dire, tant de choses à écrire qui se bousculent dans ma tête. Des centaines, des milliers peut-être. Imprévisibles, indomptables. Et surtout, capables de se dérober quand il ne le faut pas – c’est-à-dire quand je suis enfin assis devant mon ordinateur, ou que j’ai un crayon à la main (oui, j’écris au crayon, jamais au stylo, je n’aime pas ça).

Le pire, je crois, ce sont les douches. J’ai une théorie dessus, je voulais en faire un blogpost. J’ai beaucoup d’idées sous la douche. Claires. Limpides. Pas toujours bonnes bien sûr, mais construites. Des phrases entières, des intros d’articles, des conclusions, des scénarios, des histoires. Presque à chaque fois. Mais aucun moyen de les noter. Évidemment, je les oublie dès que je franchis le seuil de ma salle d’eau – car d’un coup je ne suis plus seul, je ne suis plus libre. Oui, j’ai plus de libertés sous l’eau dans un mètre carré qu’à l’extérieur. C’est ce que croit mon esprit, du moins.

C’est pour cela que j’aime bien écrire pour quelque chose de précis. La contrainte force mon esprit à se focaliser sur un point.

Ce message touche à sa fin. Je le sais, car les mots ne sortent plus d’eux-mêmes, ça devient artificiel – ou presque. J’ai encore des choses à te dire, mais je ne sais pas encore comment les dire. C’est latent, patient. Attendant son heure.

Je n’avais pas prévu ce ton plaintif. Je ne l’aime pas. Je n’ai pas à me plaindre, pas de là où je suis. J’essaie de toutes mes forces de ne pas l’être, mais au fond je dois être un petit con.

Quand je t’ai dit “c’est l’anarchie”, je ne me trompais pas.




Catégorie : Tribune libre

3 réactions »

  • ally :

    Moi aussi je suis inspirée sous la douche. Souvent. Et j’ai aussi l’impression d’être perdue parfois tel ce mouton au milieu de la carte postale 🙂 Cette phrase m’a fait rire, le reste m’a ému et je me suis reconnue aussi un peu parfois.

  • L. :

    Oui, t’es un p’tit con 😉

  • Mégane :

    “SI j’existes, j’existes. C’est d’être fan.”

    P. Obispo

    “Elémentaire, mon cher Watson”

    S. Holmes

    “Mon héros”.

    Moi

Et toi t'en penses quoi ?

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