Severin

Séverin, c’était One-Two il y a quelques années avec LaFayette. Puis chacun s’en est allé de son côté, et Séverin a noyé son chagrin dans les femmes, avec son album Cheesecake. Mais il ne se décourage pas, et revient avec un nouveau projet, comment dire, assez particulier. Le Transistor a été intrigué à la réception de ce trois-titres, donc par souci pour la santé de l’artiste, on est parti lui demander ce qui lui était passé par la tête.

Severin

Avec En Noir et Blanc, on dirait que Séverin cherche à créer un buzz, un peu à la Katerine. « Si ça donne l’impression que c’est hyper formaté pour essayer de buzzer, moi j’ai l’impression que c’est un peu à côté de la plaque par rapport à ce qui se fait aussi. J’ai l’impression de prendre vachement plus de risques. » C’est un peu le principe d’un buzz, que d’être en décalé.

Pour Séverin, prendre des risques, ça commence par chanter en Français. « C’est un parti pris à double tranchant : je suis dans une culture de gens qui aiment pas la chanson française. » Lui-même il se revendique anti-chanson française de longue date. « Même avec One-Two, on s’est fait signer, alors que à Paris, y’avait pas encore beaucoup de gens qui chantaient en Anglais. Mais c’est aussi une facilité au niveau des textes. Sur ce nouvel album, j’avais l’ambition de faire quelque chose qui pouvait parler à des gens comme moi. C’est-à-dire des gens qui écoutent de la musique indé et anglaise à 95%. »

Séverin aimerait redonner à la pop française ses lettres de noblesse. « Le Français est pas condamné à être une langue soit poétique soit revendicatif. Les textes baudelairiens où tu comprends rien, c’est joli, sauf que ça me fait trop chier ; et Renaud, j’adore, mais ça me correspond pas du tout. Quand j’écris mes textes, et que trouve des formules un peu trop compliquées, je les enlève parce que j’ai pas du tout envie d’avoir un air pompeux. Je veux pouvoir chanter comme je parle, que ça me reflète complètement. » Il n’est d’ailleurs pas le seul à faire de la pop française. « Tu peux juste parler très simplement de choses très simples, c’est ma définition de la pop anglaise. Avec Antoine Léonpaul, Robin Leduc, LaFayette, Liza Manili ou Oh La La, on a un peu le même truc. On se dit que le Français c’est pas forcément une langue reléguée à des trucs qui craignent. »

Sauf que la pop française est souvent associée à la variété. « La différence, c’est qu’eux c’est du premier degré tout le temps. Mes textes sont plutôt sincères, après les sons peuvent être du deuxième degré. J’ai essayé de faire un truc un peu libre. C’est une musique sans trop de complexes. Y’a beaucoup de gens autour de moi, qui savent pas s’ils aiment ou pas, et ça je trouve ça super. » Il ne prétend pas non renverser les codes. « Je veux juste faire une musique un peu moins chiante que ce que j’ai pu bouffer en France depuis 20 ans. Y’a des trucs que j’adore, comme Mathieu Boogaerts ou Katerine. Mais la majorité de ce qui passe en radio, les Obispo tout ça, la grande variété qui existe depuis 1990, c’est un truc dans lequel je me suis jamais reconnu… Et qui m’a finalement, donné envie de faire de la chanson en Anglais. »

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Le goût qui reste en bouche est très kitsch années 80 genre Voulzy rencontre Lio. « Le kitsch, le mauvais goût, le cheesy, je trouve pas ça un mal en soi. J’adore le Cœur Grenadine de Voulzy. Après j’aime pas tellement les disques de Voulzy, mais ce morceau est hallucinant. J’ai pas peur d’aimer la musique, le côté kitsch que Voulzy peut avoir, ça peut être hyper charmant. » En fait, c’est juste un fan de punk français de la fin des années 70. « Pour moi, c’est réellement un moment où il s’est passé un truc bien musicalement. Juste entre 77 et 82. Tous les Marie et les Garçons, Edith Nylon, Elli et Jacno, Taxi Girl. Ca leur semblait stupide de chanter en anglais, ils parlaient tous anglais comme des chèvres. Et les textes sont drôles ! » La clé de son album se trouve dans Re-Bop de Marie et les Garçons. « Ecoute cette chanson, tu vas accepter ça, et ça va devenir ta chanson de l’année. Ca veut rien dire, c’est du français, ça te fait marrer, ça t’évoque des trucs… ou pas. »

Pourtant, rien que le clip semble être un encodage d’un vieux Monte-Carlo Musique. « Moi ça me fait marrer ça me suffit. C’est ça qu’on oublie en France : pourquoi on aurait pas le droit de faire un truc complètement anodin ?” A la fin du clip, on lui envoie des couteaux : il est conscient que beaucoup vont le détester. « J’ai compris qu’au cours de mes trois albums précédents, j’avais fait un peu trop de non choix. Alors que là le fait que les gens puissent détester, c’est plutôt une chose qui me prête à penser que le disque peut-être pas mal. »

Séverin déclenche des réactions virales, si c’est pas un buzz… « Pour l’instant, les personnes qui ont détesté, c’est que ça a trop évoqué des traumatismes de leur enfance. Et quand ils sont venus me voir en live, ils ont commencé à comprendre. Mais beaucoup de personnes pensaient vraiment que c’était une blague. » Et en prévision de ces réactions, il a écrit Le Dernier Tube. « C’est la première chanson que j’ai composée, d’entrée de jeu, pour les gens qui aimeront pas le disque, pour ceux qui veulent que j’arrête de chanter. »

Et pour convaincre Le Transistor d’écouter son album, il commence à faire du chantage. « Qu’est-ce que je peux te proposer ? Si tu admets que tu aimes l’album, pour la sortie de l’album on va tous, toi et tous ceux qui auront changé d’avis, à Eurodisney !” Notre reporter semble hésiter encore… « Et moi je suis habillé en Mickey. Un Mickey Merguez, Pétanque et Pastis… Un Mickey à la Française, c’est ce que je veux être. »

Reclame

Séverin sera le 8 décembre au Nouveau Casino.
Le Transistor vous fait même gagner des places !


Remerciements : Rachel (Ephelide) et Eric (Cinq7)

Catégorie : Entretiens
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