Coups de Coeur à Rock en Seine – Dimanche

Un dernier jour de festival c’est toujours complexe, à vivre d’une part, mais encore plus à programmer. Il faut soulager ceux qui sont fatigués et contenter ceux qui veulent en profiter au maximum. Comment Rock en Seine s’en est sorti pour l’édition 2010 ? Lumière sur les concerts clés de ce dimanche : I AM UN CHIEN !!, The Ting Tings, Roxy Music et Arcade Fire.

Arcade Fire (c) bradsearles

Arcade Fire (c) bradsearles

I AM UN CHIEN !!

La surprise de ce dimanche, c’est I AM UN CHIEN !! Ces habitués des salles sombres et moites, de préférence le jeudi soir – c’est le nouveau vendredi soir – déconcertent en un dimanche ensoleillé. Mais ils ne perdent rien de leur énergie : la lourdeur de la guitare n’a d’égale que la rage des samples et la fureur de David au slam. Le set se trouvera enrichi de la présence de José Fontao, des Stuck in the Sound, frère du chanteur et de TherealfakeMC. Malgré la complicité qui unit les deux frères, ces guests ralentissent les beats et cassent un peu le rythme.

I AM UN CHIEN !! s’ébouriffe un brin puis reprend rapidement la barre avec un nouveau titre qui semble séduire le public. Ils aiment à tester leurs titres en public et le moins qu’on puisse dire c’est qu’ils ont réussi haut la main. Ils finissent le set sur leurs deux singles explosifs :  ‘Don’t Shoot My Little Baby’, leur tout premier remix, et ‘Hologram‘, le fameux titre qu’ils avaient filmé sur Chatroulette.

Un set un peu chaotique, mais en cela, tellement adapté au groupe.

The Ting Tings Vs. Roxy Music

Ecartons-nous un peu du sujet pour nous pencher sur la programmation. Après The Ting Tings sur la Grande Scène, avec pour seule concurrence Wave Machines sur la petite scène de l’Industrie, Roxy Music jouait à la Cascade devant des impatients d’Arcade Fire ou de Crystal Castle.

The Ting Tings étaient venus présenter ‘Hands’, premier extrait de leur deuxième album Kunst. Roxy Music étaient venus prouver que leur son psyché des années 70 est toujours d’actualité. A la croisée des mondes entre les nostalgiques allergiques à la FM et les avides de nouveauté qui en ont marre des cours de musique.

The Ting Tings étaient nécessaires pour secouer un peu les endormis de la Grande Scène : entre The Temper Trap, Eels et Beirut, tout cet espace n’avait pas été utilisé à bon escient pour un festival, c’est-à-dire bouger. Ils remettaient le terme fête à la racine du festival. The Ting Tings avaient aussi besoin de rappeler qu’ils savaient faire des singles imparables. Loin des compositions savantes, ils jouent de la musique populaire. Les percus sont appuyées et sur tous les temps, pour que même les handicapés du rythme puissent suivre.
Mais en fin de compte, si toute cette pop catchy a l’air simplissime, il n’est pas donné à tout le monde de faire un tube, surtout à l’ère ultra-concurrentielle d’Internet. The Ting Tings ont déjà deux singles qui ont marqué les esprits, et ils réussissent à faire danser les gens par temps de pluie. C’est tout ce qu’on leur demande – même si on aurait préféré un MGMT peut-être ?

Roxy Music aux antipodes des Ting Tings, est représentatif de l’époque des longs solos : violon, saxophone ou guitare s’en donnent à cœur joie. Leur musique est langoureuse, glamour : tout est dans la sophistication. Clairement, ils en imposent, et Bryan Ferry tient son rôle de crooner à merveille, revisitant notamment le ‘Jealous Guy‘ de l’intouchable Lennon. Contre toute attente, ils réussissent à s’inscrire dans la programmation par leur talent, et par l’influence qu’ils ont pu avoir sur des générations de groupes, jusqu’aux Scissor Sisters.

Arcade Fire

Le clou du festival, ceux que tout le monde attendait, c’est les Canadiens d’Arcade Fire. Ils ont bousculé les conventions de la scène folk-rock avec leur premier album Funeral, et ont conquis la planète avec son successeur Neon Bible. Portés aux nues par les indépendants depuis six ans, ils incarnent une promesse de renouveau musical. La preuve, même sorti au début du mois d’août, une date casse-gueule au point de vue marketing, leur album The Suburbs est acclamé de toutes parts. C’est beau Arcade Fire ! Ou c’était beau…
Parce que si Funeral bouleversait par son émotion pure diffusée au son des violons, Neon Bible était beaucoup plus froid et de par là même, fade. Enfin le dernier né, The Suburbs, tombe dans une pop irritante pour un groupe qui a su tant apporter à la scène rock internationale. Après Funeral, Neon Bible était une déception, The Suburbs est une trahison

Ce soir, la voix de Régine Chassagne, si douce sur Funeral, ressemble à celle d’une crécelle et massacre ‘Haïti’ – décidément. En ce qui concerne The Suburbs, si ‘Ready to Start’ sonne mieux en live que sur l’album, ‘Keep the Car Running’ laisse tout aussi apathique, et ‘Rococo’ sonne faux, tout comme le mouvement artistique qui a malheureusement ravagé la France au XVIIIe siècle. Seule ‘Neighborhood #2 (Laïka)’ me tirera les larmes, pour tous les souvenirs qu’elle fait remonter à la surface. Pour ma part, vous l’aurez compris, la pluie qui stoppera le concert sonnera comme une libération.

Et pour ceux qui prétendent qu’ils ont été rock’n’roll de jouer ‘Wake Up’ sous la pluie avant de repartir, ils n’ont pas vu The Hives jouer tout un concert sous l’orage avec les éclairs qui zébraient le ciel des Eurockéennes de Belfort.


Remerciements : Ephelide

Catégorie : Concerts
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9 réactions »

  • zikomagnes :

    RT @le_transistor Article] Coups de Coeur à Rock en Seine – Dimanche – http://www.letransistor.com/2820-concert

  • Twitted by zikomagnes :

    […] This post was Twitted by zikomagnes […]

  • elysianfield :

    Un peu d’accord sur l’ensemble de vos critique sauf en ce qui concerne les médiocres “ting tings” (sommes nous là juste pour danser et boire ou pouvons-nous écouter de la musique simplement)Je ne comprend par contre pas du tout vos remarques sur Arcade Fire si bien que je me demande si nous avons vu le même concert, d’autant plus que je ne suis pas certain que vous avez réellement écouté “Suburbs” (qui mérite plus qu’une écoute à la sauvette des premières secondes de chaque morceaux)qui est plutôt une œuvre majeure dans le désert musical actuel.

  • agnès (author) :

    Bonjour Elysianfield

    J’ai pas compris le problème avec les Ting Tings. Oui on est là pour écouter de la musique ET pour danser aussi, non ? On peut faire plein de choses à un festival ! C’est l’avantage !

    En ce qui concerne Arcade Fire. Alors oui, j’ai vu le même concert que vous, et oui j’ai écouté The Suburbs. Ce qui est magnifique, c’est qu’on m’a tellement saoulé avec cet album, que j’ai dépassé les trois écoutes minimales habituelles et je me suis forcée à le réecouter. Je suis arrivée à 14 fois en tout et pour tout. Justement pour ces cris d'”œuvre majeure dans le désert musical actuel” – pour ne pas passer à côté du Truc Qui Fait Que.
    A la 14e fois, j’ai trouvé tout au plus cette galette pop, écoutable. On s’y fait – mais uniquement si on s’enlève de la tête que c’est Arcade Fire. Parce que quand on sait ce qu’ils ont été capable de faire – dont le sublime Funeral, qui me fait encore pleurer après plus d’un milion d’écoutes, ça fait mal au coeur d’écouter “The Suburbs”.

    Enfin, quant au désert musical actuel… Au delà de The Temper Trap et de Roken Is Dodelijk qui étaient à l’affiche de Rock en Seine, connaissez-vous Clues? et Misteur Valaire ? et Band of Skulls ? avez-vous écouté le dernier Black Keys ? le dernier La Maison Tellier ? et le dernier Menomena ?

    Je trouve que tous ces albums, sortis au cours des douze derniers mois, sont BIEN au dessus de The Suburbs.
    Ou alors j’ai RIEN mais alors RIEN compris, et leur subtilité m’est passée BIEN au dessus… mais j’avouerais tout si vous me le faites pas ré-ecouter encore une fois !

  • Vincent :

    Wave Machines, c’est quand même bien mieux que les Ting Tings !
    Pour le reste, je suis assez d’accord 🙂

  • agnès (author) :

    Hello Vincent !

    J’ai vu Wave Machines au festival des Inrocks en novembre 2009, c’était sympa. Du coup, j’y suis retournée en avril 2010 à la Custom… et c’était d’un tel vide (!!!) que j’ai préféré pas faire de compte rendu du concert.

    Alors certes, les Ting Tings c’est tout aussi vide, mais au moins on sait à quoi s’attendre et ils prétendent pas faire mieux que ce qu’ils ont à offrir. C’est en ça que je respecte leur truc, ça fait son taf, rien d’autre ! 🙂

  • Vincent :

    Wave Machines, vide ? Je te trouve un peu sévère là.
    En tout cas, j’aime bien leur album et j’ai aussi bien aimé leur prestation à Rock en Seine. Quant aux Ting Tings, je n’ai jamais pu écouter plus de 2 minutes, c’est quand même assez mauvais, non ?

  • agnès (author) :

    C’est là que nos avis divergent.

    Je trouve les Wave Machines vraiment mauvais : pour que je décide de ne rien écrire, c’est que je sais que je vais être méchante…
    Et les Ting Tings, j’avais réussi à écouter leur premier album, comme ça, sans y réfléchir. J’y prenais même du plaisir, tiens ! et sans culpabilité puisque je n’y vois pas une revendication musicale 🙂

    Mais on a le droit de pas être d’accord !!

  • Le Transistor | Le Transistor :

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