La Roux – Supervision

Six ans après Trouble in Paradise, La Roux a troqué la mèche lascive pour un brushing rangé à l’heure de présenter son troisième album Supervision. Annoncé par trois singles, soit plus d’un tiers de l’album déjà dans nos oreilles, Supervision en a sous la carrosserie, même si celle-ci tient plus de l’occasion que du prototype.

Barque sur le Nile



Dès les premières notes de ‘21st Century‘, le solide morceau d’introduction, Elly Jackson installe la recette qui dictera le reste de la danse : du riff de guitare bien trempé directement piqué à Nile Rodgers. Déjà sur le précédent album, avec ‘Uptight Downtown‘, elle avait sérieusement lorgné du côté du travail du producteur légendaire pour Let’s Dance de Bowie. Ici, c’est donc forcément un arrière-goût de funk qui s’impose, mis à la sauce La Roux par le rajout des lignes de synthé, marque de fabrique de la chanteuse depuis ses débuts en 2009.

L’introduction passée, difficile d’isoler une track plutôt qu’une autre tant la proposition musicale reste la même tout au long de l’album. Il suffit donc de suivre le cours du Nile : des lignes évidentes sur le premier single International Woman of Leisure, qui frisent l’hommage sur ‘Otherside‘ où Elly Jackson joue les bonnes élèves très appliquées, quitte à ne pas oser dépasser le maître. Bien sûr, Nile Rodgers n’a inventé ni la basse ni le funk, mais depuis que l’on a perdu des points d’audition sur ‘Get Lucky‘ de Daft Punk, force est de constater qu’il est difficile de se laisser chatouiller la plante de pied par un riff funky sans visualiser sa silhouette penchée sur des cordes scintillantes.

Onze ans de carrière et « à peine » trois albums : dans une industrie qui va vite, très vite, c’est une volonté forte de lever le pied et de ne pas griller ses batteries. L’approche est plus douce, plus polie, plus en nuance, une direction amorcée avec l’album précédent. Exit le miaulage sur beat agressif du premier album, qui a pourtant fait son succès. Ici on caresse dans le sens du poil, on prend par la main et on les pose sur les hanches. Si les titres du début de carrière (‘In For The Kill‘, ‘Bulletproof‘) se beuglaient dans la voiture, à tombeau ouvert sur une départementale désertée, ceux-là se font désirer. Plus sensuels, ils s’écoutent la lèvre inférieure mordillée et les yeux mi-clos avec le pied qui bat irrésistiblement la mesure. Elly Jackson semble enfin passer plus de temps à polir ses graves et à adoucir ses aigus comme sur ‘Do You Feel‘, qui emprunte du phrasé au Dieu Prince.

Huit morceaux, un co-voiturage plutôt court sur le papier mais l’extension de chaque piste au-delà de la borne des 4min15 (plus de cinq minutes pour la plupart) en fait une croisière ininterrompue à écouter d’un bloc, comme cela ne se fait plus à l’ère du single roi et du stream aléatoire. Les lignes de basses se suivent jusqu’à l’horizon, et les pistes laissent les riffs s’étirer à l’infini. On respire, on s’échauffe. Un effort cohérent qui ne boude pas ses références old school (Wham n’est jamais très loin), et relève avec brio le défi de dépasser le cadre en néon 80s auto-imposé par le début de carrière. Même les sept minutes de ‘Gullible Fool‘, pourtant jugé d’un levage de sourcil par votre serviteur à sa sortie, trouvent leur place parfaite en fermeture d’un album qui nous aura finalement mené là où il voulait, sans violence, sans prétention. Une conduite sans faute pour un road trip caressé par les derniers rayons d’un soleil orangé.

Bien sûr elle n’a rien réinventé, La Roux. Mais si Supervision ne brille pas par son audace, la chanteuse a l’intelligence de savoir où sont ses forces et jusqu’où étendre sa bulle pour renouveler subtilement son style et coller un vernis sans écaille sur une recette éprouvée. En plein dans le Nile.

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Réclame

La Roux sera en concert le 11 février à l’Elysée Montmartre. Voir tous ses prochains concerts




Catégorie : A la une, Albums
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