Entretien avec Widowspeak

Widowspeak vient de sortir son quatrième album, Expect The Best. Un album au titre positif, alors que justement, c’est le plus sombre que le groupe américain ait jamais proposé. Lors de leur passage à l’Espace B, Le Transistor, touché par ces compositions si personnelles, a rencontré le duo. Molly Hamilton et Robert Earl Thomas racontent comment ils ont failli tout arrêter après la tournée du dernier album, All Yours.

Widowspeak

Très soudé, le duo Widowspeak se raconte, sans faux-semblants.
Molly : J’ai l’impression qu’on a bien fouillé en profondeur. Je sais pas comment créer un équilibre avec quelque chose de plus léger.
Rob : La dernière fois qu’on est venus à Paris, c’était en 2013. Et c’était déjà à l’Espace B ! On commence à connaître la salle.”

Après All Yours, Molly est rentrée finir ses études à Washington, au sud de Seattle.
Rob : On a déménagé de Brooklyn pour rentrer chez elle un moment.
Molly : Oui, après Hudson Valley et New-York, on est retournés dans les montagnes.
Rob : Ce processus s’appelle le retour soudain !
Molly : C’est quand on atteint l’âge de 29 ans, et soudain, soit tout part en vrille, soit l’année est un succès. Pour nous je crois que c’était un peu des deux. Mais c’est une question cosmique…
Rob : Je suis pas expert, mais apparemment, cette 29e année, les planètes ont le même alignement que l’année de ta naissance.
Molly : C’est par rapport au signe astrologique et la position des étoiles à ta naissance. Les étoiles suivent une rotation sur 30 ans, donc elles se retrouvent dans la même position à nouveau. C’est le moment où tout le monde devient fou ! Ou du moins, c’est ce qui se dit. Donc je sais pas si c’était la raison ou juste une coincidence… mais pour nous ça a changé quelque chose.”

En effet, Expect The Best a bien failli ne jamais voir le jour.
Molly : On a pris un peu de temps pour nous. Rob travaillait sur son projet personnel, il sort un album solo, Another Age. Quant à moi j’étais pas sûre, je savais pas si je voulais faire un autre album. C’est pas tant une histoire de tournée, des fois oui on est fatigués, mais c’était plus une question de trouver une intention… Je voulais pas seulement faire un nouvel album, mais que ça ait du sens, et c’est ce qui a pris du temps. Savoir si j’avais quelque chose à dire… ça m’a paru important.
Rob : Les autres albums sont arrivés plus naturellement. Je pense que cet album avait besoin de prendre son temps. Pour arriver à son rythme. Et puis le fait que tu aies pensé à arrêter la musique t’a donné envie de faire l’album suivant.
Molly : Je ne voulais pas non plus arrêter d’écrire pour toujours ! Mais l’idée de se mettre à nouveau en position de vulnérabilité… C’est juste que ça demande beaucoup d’investissement. Donc on se demande si ça vaut le coup. A chaque fois je me dis que c’est génial, car j’adore donner des concerts, et à d’autres moments… C’est dur émotionnellement. Je suis très honnête là…”

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Les élections présidentielles ont aussi eu une influence sur leur décision.
Molly : J’avais pas très envie d’écrire des chansons politiques, parce que ça peut passer pour opportuniste. Et puis, même si je soutiens les mouvements militants, j’ai jamais eu l’impression que la musique était un medium approprié. Mais ce que j’ai réalisé, c’est que la musique est cathartique pour certains. Peu importe quel est notre président, il va toujours falloir aller au travail, nouer des relations, subir des angoisses, la musique reste importante.
Rob : Tout art est politique.
Molly : Oui, écrire de la musique, même douce, c’est un acte politique. Quand j’étais plus jeune, il n’y avait pas autant de femmes dans les groupes, et le fait qu’on se soit accrochées, permet à plus de femmes de le faire. C’est simple mais ça reste politique.
Rob : Pour moi, même sans parler de politique, simplement parler de vérité, de beauté, ou d’amour… Défendre des émotions en fait, c’est un acte politique.
Molly : Oui, même si ma seule contribution c’est une introspection, à propos de mes angoisses, je me dis que peut-être ça va aider quelqu’un.
Rob : Et déjà ça t’aide déjà toi !
Molly : Moi je suis toujours dans cet état, mais c’est beaucoup plus dur, pour d’autres personnes, de gérer, d’avancer de cet état d’esprit. Je me dis qu’ils n’ont pas autant d’opportunités de s’ouvrir, de s’exprimer. C’est une autre des raisons qui ont fait que je me suis dit… Pourquoi pas.”

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Au final, toutes les chansons de Expect The Best ont été écrites en trois semaines à peine.
Rob : Molly a quitté son taf, et m’a dit qu’elle allait écrire de nouvelles chansons. Et elle l’a fait !
Molly : Je détestait ce taf, c’était pour une boite d’architecture. C’était assez cool, dans un vieux bâtiment, mais j’étais toujours fatiguée, et il faisait froid, et parfois on n’avait pas l’eau courante. Très précaire. Donc je me suis dit qu’il était temps d’envisager la prochaine étape.
Rob : Soit trouver un autre taf soit recommencer à jouer.
Molly : Mais en général, j’aime bien prendre le temps entre les albums. Pour me recentrer, et redevenir une personne réelle. Simplement cuisiner des plats, passer du temps avec mon chien, et aller faire les courses au coin de la rue. Genre tout sauf s’assoir à l’arrière d’un van pendant des journées entières ! J’adore les tournées, mais c’est tout le temps la même chose.”

Par rapport aux albums précédents, Expect The Best s’avère beaucoup plus sombre.
Molly : Pourtant, je suis pas déprimée. C’est plutôt que je réalise qu’à mesure qu’on vieillit, toute nouvelle expérience n’est pas forcément bonne. J’ai l’impression que quand j’étais plus jeune, même le fait de traverser une mauvaise expérience était tellement nouveau, au moins je me sentais en vie. Et puis à un moment donné…
Rob : Les sept dernières années nous étions dans un groupe.
Molly : Et on a beaucoup bougé, avec plein d’expériences géniales, et certaines plus bizarres, et d’autres difficiles. J’ai commencé à réaliser que j’ai aussi besoin de prendre soin de moi. Essayer d’être plus heureuse, au lieu d’être autant prise dans l’instant ou la musique. La musique me paraissait comme un boulot, alors que ça devrait rester pur. Quand on le prend comme quelque chose à faire, ça devient destructeur…
Rob : Alors bien sûr on a eu de mauvaises expériences, mais la plupart étaient positives. Molly : Mais avec beaucoup de hauts et de bas, et en vieillissant, je réalise qu’il faudrait garder le tout un peu moins chaotique. Le chaos commence à me fatiguer.”

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Molly adore les tournées, mais elle a le trac quand elle monte sur scène.
Molly : Ca m’arrive encore de temps en temps. Et des fois, c’est marrant, mais je me sens nerveuse sans aucune raison, au milieu de la tournée, quand tout va bien. D’un coup j’oublie toutes les paroles d’un chanson que j’ai chantée des millions de fois.
Rob : Nous on se plante tout le temps, c’est juste qu’on nous voit pas. Donc c’est moins grave. Mais que ça arrive à tout le monde ! Même les plus grands artistes.
Molly : Oui, faut pas trop penser au fait qu’on est en train de jouer devant du monde.
Rob : Et surtout, quand tu te plantes, faut pas se focaliser dessus, sinon le reste du set est foutu. C’est comme quand tu sors avec un couple d’amis, et qu’ils commencent à s’engueuler. C’est la même chose quand le groupe se plante et que tout le monde est en colère : c’est inconfortable pour tout le monde. Il faut prendre le parti d’en rire.
Molly : Oui tout le monde est là pour passer un bon moment.”


Remerciements : Marion [Differ-Ant]

Catégorie : A la une, Entretiens
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