Entretien avec Jay-Jay Johanson

Après plus de 20 ans de carrière, Jay-Jay Johanson est de retour avec Bury The Hatchet, un onzième album studio annoncé par un EP printanier et un EP estival… D’ailleurs la sortie de ce LP sera suivi d’un EP automnal ! Au festival Fnac Live, Le Transistor a rencontré le crooner suédois pour revenir sur sa longue carrière mais surtout son envie intacte de jouer, et son inspiration intarissable !

Jay-Jay Johanson

Ce que nous confie Jay-Jay Johanson, c’est que devenir musicien n’a jamais été un rêve. “En fait, j’ai fait 4 ans d’architecture et 4 ans d’études d’art. Mais la musique n’était qu’un hobby, jamais une priorité. C’est arrivé un peu par hasard, mais c’est fantastique.”

Jay-Jay Johanson est né d’une petite ville de Suède. “Un des avantages à grandir dans une petite ville, c’est que très jeune, on ressent le besoin de bouger, d’aller explorer la grande ville. C’est ce qui m’a rendu curieux je pense. Si j’avais grandi à Stockholm, à aller à tous ces concerts, et voir toutes ces expositions, cette urgence d’échapper, de découvrir n’aurait pas été si forte.”

Et 45 ans plus tard, le compositeur suédois n’a rien perdu de cette urgence. “Ca fait 20 ans que je joue mais ça reste excitant pour moi, parce que chaque année on continue à découvrir de nouveaux territoires : on vient de commencer à tourner en Tunisie, c’était notre première fois en Afrique. Et à chaque fois, j’ai l’impression de démarrer quelque chose, ce qui nourrit le processus d’écriture.” Même maintenant qu’il doit jongler avec sa famille pour trouver le temps d’écrire. “Dans le groupe, on a tous une famille, donc on se retrouve quand les enfants sont à l’école et on arrête quand ils rentrent. C’était pas le cas dans les années 90, on pouvait rester des semaines et des mois, et le soir jusqu’à pas d’heure. Maintenant pour la partie écriture, je suis seul, je fais ça quand je tourne, que je suis loin de la maison, seul dans les chambres d’hôtel ou à l’aéroport. Ce sont des périodes propices à l’écriture. Comme un journal intime.”

Sa famille est un même un moteur, car son fils est très critique ! “Ma femme aussi ! Je sais immédiatement si ça lui plaît ou pas. Mais mon fils, je serais étonné s’il aimait ce que je fais : chaque enfant a besoin de se rebeller contre les anciennes générations. Quand on est enfant, on peut pas faire comme nos parents, ce serait ennuyeux.” Ce fan de Chet Baker a longtemps critiqué son père pour ses choix musicaux ! “Jusqu’à mes 14 ans, je détestais quand il mettait du Chet Baker, je trouvais ça tellement vieux, passé de mode. Quant à ma mère, elle écoutait Elvis Presley et je détestais ça, et maintenant je trouve ça un peu cool. Ma soeur écoutait ABBA, et pour moi c’était la pire musique au monde, et maintenant je me dis qu’il y a des compos plutôt cool, je reconnais que certaines parties sont bonnes.” (rires)

L’inspiration est toujours au rendez-vous, parce que Bury The Hatchet est assorti de 3 EP ! “L’album raconte une histoire, et les morceaux qui ne correspondent pas à ce storytelling, finissent sur un EP. On avait pas mal de contenu, et je me suis dit que c’était plus généreux de les donner. Ce serait dommage de les jeter. Il y a notamment un morceau qui dure 36 minutes, qui bien entendu ne pouvait pas atterrir sur l’album. Mais on avait besoin que les gens l’écoutent.” Et pour Jay-Jay Johanson, c’est l’un des albums les plus généreux qu’il ait jamais fait. “J’ai souvent envisagé mes albums avec une face A et une face B. Et donc une petite pause, au milieu, pour un nouveau début. Et cette fois, il y a trois parties, séparées par des instrumentaux, au piano. C’est pas comme un film non plus, c’est plus abstrait, mais ce format était je pense nécessaire… pour respirer, retrouver l’énergie de recommencer.”

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Dans les contenus additionnels, on retrouve quelques remixes. “Je n’écris pas de musique dancefloor, mais quand un de mes amis propose un remix, je me dis que c’est tellement cool qu’il faut le sortir. Ca peut toucher un autre type de public, ou alors être joué à une autre heure de la soirée. Au début des années 2000 on sortait beaucoup de versions club et des inédits, mais ça faisait bien dix ans qu’on l’avait plus fait. Donc il était temps de s’y remettre !” Et notamment ceux d’un certain Timmy Timid. “C’est marrant, c’est un fan qui m’a demandé de lui envoyer mes parties dès que j’aurais de nouveaux morceaux. Ce que j’ai fait, et quelques heures plus tard, il m’a envoyé des idées géniales. Il n’est pas encore prêt à sortir des choses sous son nom, mais j’ai envie de le soutenir dès qu’il le sera. Il DJ de temps en temps à Stockholm, et ça donne presque envie de me remettre au DJing.”

Au début des années 2000, Jay-Jay Johanson était très friand de remixes. “Tout l’album Antenna et la moitié de l’album Rush, c’était des remixes. Et puis j’ai réalisé que le public voudrait probablement écouter la chanson originale. Le fait de mettre un remix sur un album, ça peut perturber les gens. Je n’aurais pas dû laisser autant d’espace aux remixes. Mais à l’époque je me disais que c’était drôle, et aussi nécessaire pour ne pas faire toujours la même chose.” Il a même demandé des conseils à Daft Punk ! “C’était en 1999, avant leur album Discovery, j’ai rencontré Pedro Winter aux bureaux de Ed Banger. Thomas Bangalter était en train de jouer à la playstation en buvant du vin rouge, donc je parlais surtout à Pedro. C’était marrant. Je leur ai joué une version rapide de ma chanson, en suggestion, et ils m’ont encouragé à tenter de le faire moi-même puisque j’avais déjà l’idée. Finalement j’ai demandé à Funkstörung, qui étaient plus Aphex Twin dans l’esprit.”

Bury The Hatchet est un album très orienté pour le live. “Après avoir écrit, je retrouve le groupe pour enregistrer, arranger, et produire l’album. C’est une partie amusante, car c’est les mêmes musiciens en studio et sur scène, donc on commence à préparer le live ensemble. Chercher comment garder la chanson intéressante à écouter sur album, sans qu’elle soit trop compliquée à retranscrire en live. C’est sympa et créatif d’y réfléchir.” Cette réflexion est peut-être une nécessité économique, mais ce n’est pas la seule raison. “Dans les années 90, on pensait pas à la tournée. Aux débuts, on se voyait plus comme un projet de studio. Et puis à la demande du public, et ensuite par souci économique, on s’est mis à plus tourner. Et puis j’ai envie d’être généreux avec le public – qu’il vienne de me découvrir ou qu’il me suive depuis longtemps ! Je veux leur serrer la main, les regarder dans les yeux. Leur montrer qu’ils sont importants pour moi ! Que le sentiment est mutuel.”

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Jay-Jay Johanson est prêt à continuer tant qu’il y aura du public. “Jusqu’à présent le processus d’écriture ne ralentit pas, c’est déjà ça. Et je pense que, si l’angoisse de la page blanche apparaissant, je traiterais ça… en faisant une bande son. Ou un album instrumental, ou encore une collaboration. Pour l’instant j’ai eu le temps de faire la bande son que de deux films français. Mais je suis pas effrayé… Ensuite c’est au public de me dire !“ Et pour le moment, le public le réclame ! “Le fait de savoir que le public grandit, et que de nouveaux pays s’ouvrent, ça me donne envie de continuer. Quand on revient à Paris, au milieu de plein de nouveaux – et jeunes – visages, il y a des personnes que je reconnais, c’est génial ! Et en Turquie et Russie, ils viennent de me découvrir, ils seraient prêts à me déchirer le pantalon sur scène !”

Réclame

Bury The Hatchet, le onzième album de Jay-Jay Johanson, vient de paraître chez 29 Music / Bertus France.
Jay-Jay Johanson sera en concert le 22 novembre à l’Alhambra


Remerciements : Ivica Mamedy

Catégorie : A la une, Entretiens
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