Entretien avec Fazerdaze

Fazerdaze c’est une timide néo-zélandaise, Amelia Murray, qui s’est fait remarquer il y a trois ans avec son EP éponyme. Ensuite, la jeune artiste a pris son temps pour finir son album, qu’elle a réalisé toute seule. Rencontrée lors d’un passage éclair à Paris, Fazerdaze nous raconte son chemin personnel depuis la sortie de l’université, avec un passage par les studios de la Red Bull Music Academy, jusqu’à la sortie de ce premier album, intitulé Morningside.

Fazerdaze

Le projet d’Amelia Murray, Fazerdaze, a été découvert via Bandcamp. “Cette plateforme est géniale pour des artistes comme moi, qui n’ont pas encore signé avec un label, ni en management. Voire qui n’ont aucune piste… C’est assez fou pour moi d’être en France.”

Avant de se lancer dans l’aventure en solo avec Fazerdaze, Amelia Murray jouait dans des groupes. “Je ne suis pas très douée pour diriger un groupe, je suis pas du genre charismatique. Je suis très timide, mais j’adore faire de la musique, donc il m’a fallu trouver une technique pour adapter cette passion à ma personnalité. Et quand je suis seule, je n’ai pas besoin de me sentir complexée.” Finalement, l’artiste a trouvé une méthode pour composer à l’abri des regards. “Je m’inquiète beaucoup de ce que les gens pensent, ça ne m’est pas facile de ne pas essayer de plaire. Je ne peux y arriver que si je le fais seule. Ensuite, comme tout a commencé dans ma chambre, un endroit sécurisé pour mes sentiments, le noyau est solide. Ce qui me rend plus forte dans le monde extérieur. Donc c’est plus facile pour moi de l’exposer, voire de jouer les morceaux en concert.”

Justement, en concert, Fazerdaze se retrouve à jouer des chansons très personnelles. “Des fois quand je joue ‘Jennifer’ en public, j’essaie de me laisser aller, car en fait c’est pas pour moi que je joue. C’est comme si la chanson ne m’appartenait plus, ce n’est pas mon concert : on est tous présents pour les chansons, c’est la musique qui est au coeur du concert, pas moi. J’essaie du mieux que je peux de ne pas laisser mon ego et mes sentiments interférer, et de laisser la musique prendre le devant de la scène.” C’est pourquoi, Amelia Murray a réalisé elle-même la vidéo de ‘Little Uneasy’, métaphore de son manque de confiance. “Je ne suis pas une pro du skate, mais je sais me déplacer : j’en fais pas tous les jours non plus. Avec cette vidéo de moi sur un skate, je voulais vraiment donner une image normale, que les gens, en la regardant, se sentent sur la même longueur d’onde que moi.”

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Sur son EP Fazerdaze, c’est Jonathan Pearce, du groupe Princess Chelsea qui l’a aidée. “Après mon EP, il était assez occupé, il a notamment monté un groupe très cool qui s’appelle The Beths. Donc quand je me suis mise à l’album, je me suis débrouillée plus ou moins seule. Avec l’aide d’un ami pour le mixage, Murray Fisher. Cela dit, Jonathan m’avait donné les clés pour faire mon album. J’ai beaucoup appris en faisant l’album avec lui : il me montrait tout le temps ce qu’il était en train de faire.” Mais son premier album, Morningside, Amelia Murray l’a réalisée toute seule. “Je pense que j’avais envie de le faire seule. Pour apprendre et grandir. Comme ça la prochaine fois que je travaille avec quelqu’un, je peux communiquer sur ce que je veux de manière plus fluide. Et puis je serai plus sûre de moi.”

A l’université, Amelia Murray a suivi des études de musique. “Ce n’était pas la meilleure des idées, mais je suis contente d’avoir fait ce diplôme parce que j’ai appris les compétences techniques de la production. Toute cette théorie m’a donné un esprit analytique, ce qui fait que j’ai perdu pas mal de confiance en moi. Peut-être parce que c’est très réfléchi, conscient justement comme démarche. Il faut maintenant que je désapprenne certaines choses qu’ils m’ont enseignées.” Fazerdaze pensait à l’époque qu’exprimer ses sentiments était un signe de faiblesse. “J’étais tout le temps en train de bloquer mes sentiments, puis j’ai appris à m’en accommoder. Je suis encore en train d’apprendre comment les incorporer dans la musique, sans chercher à les atténuer. Mais à la fin du diplôme, en plus j’étais comme tétanisée : j’avais juste peur. Désormais j’essaie de laisser les connaissances venir à mon esprit : de les laisser remonter à la surface quand j’en ai besoin, sans forcer.”

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Ce premier album, Fazerdaze l’a écrit en plein déménagement. “J’étais toujours entre deux appartements : Auckland traverse actuellement une crise du logement, et cette précarité m’a beaucoup affectée. Toujours tout calculer, tenir un budget très serré pour pouvoir payer le loyer… J’ai vécu dans une chambre, en sous-sol d’une maison, qui n’avait aucune fenêtre ! La fois d’après, la chambre tellement petite qu’il y avait à peine la place pour un lit. C’était assez difficile.” Ces obstacles matériels ne l’ont pas empêchée de composer. “Je suis très sensible, j’ai besoin d’avoir de la lumière, d’être entourée de gens bienveillants. Si je ne me sens pas bien, c’est souvent lié à mon environnement. Donc j’avais besoin d’un endroit où je me sentais en sécurité. Mais pour moi, c’est comme si l’album était cet endroit confortable : comme si je m’étais créé mon chez-moi. L’album me servait en quelques sortes de distraction de ce sentiment d’inconfort.”

Au passage, Fazerdaze a été invitée par la Red Bull Music Academy dans leurs studios de Montréal. “Le concept était assez bizarre, ils ont dépensé tellement d’argent sur ce projet ! Mais sans aucune pression. Ils m’ont payé le billet depuis la Nouvelle-Zélande, et une superbe chambre dans un hôtel luxueux ! Mais ce qui était génial, c’est que j’ai rencontré toutes ces personnes des quatre coins du monde. L’idée c’était de faire se rencontrer des musiciens qui suivent les mêmes procédés de composition, en chambre, mais dans des styles différents.” Cette étape lui a permis de rencontrer d’autres artistes dans la même démarche DIY qu’elle. “On était dans un studio, avec du super matériel à disposition. On trainait juste ensemble, en faisant de la musique. C’était plus une question de méthode qu’une question de résultat, donc il ne nous fallait pas nécessairement finir quoi que ce soit. Ils voulaient juste qu’on évolue ensemble, à échanger, c’était très détendu.”

Son premier album Morningside a été réalisé un peu en DIY. “C’était une super manière de restaurer ma confiance en moi. J’ai appris beaucoup à étudier le processus depuis le tout début jusqu’en bout de chaîne, en étant présente à chaque étape. Sans personne pour venir et me prendre la musique des mains. Parce que des fois, il y a des parties qu’on reconnaît pas… et surtout on a aucune idée de comment ils s’y sont pris.” Un procédé intéressant mais qui ne fait pas forcément partie intégrante de ce projet. “Je sais pas si ça fait partie de mon image, mais j’aime que quand ça sonne pas trop lisse. J’aime quand ça crisse un peu plus… Donc j’adhère à cette esthétique, mais je sais pas si je garderai le même style à l’avenir. Je veux définitivement plus expérimenter, donc je vais pas commencer à catégoriser mon projet non plus.”

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Ce projet Fazerdaze a beaucoup aidé Amelia Murray sur le plan personnel. “Après l’EP j’ai d’abord cherché à comprendre pourquoi j’avais fait ça. Quelque part c’était vraiment pour trouver un chez-moi, et mûrir afin d’aborder cette nouvelle phase de ma vie. Grâce à ce projet, j’ai déjà trouvé mes amis, des gens avec qui je me sens bien. Maintenant je sais de qui j’ai envie de m’entourer, et surtout j’ai appris à ne pas rester avec les personnes qui ne m’aident pas. Je crois qu’en fait c’est ça, grandir : donner de l’attention aux bonnes personnes.”

Réclame

Morningside, le premier album de Fazerdaze, est paru chez Groenland Records
Fazerdaze sera en concert le 22 mai à la Maroquinerie


Remerciements : Solenne [Boogie Drugstore]

Catégorie : A la une, Entretiens
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