Gaël Faye – Rythmes et Botanique

Que vous soyez amateur de bon son ou de bon livre, vous avez très sûrement entendu parler de Gaël Faye. Récemment auréolé – entre autres – du prix Goncourt des lycéens pour son poétique et sensible Petit Pays, le conteur revient aux sources, à sa passion du hip-hop, avec son nouvel EP Rythmes et Botanique.

Qu’on les attendait ces nouveaux morceaux, après Pili pili sur un croissant au beurre !

Avec ce premier opus, véritable biographie sonore d’un enfant venu de la déchirée Burundi, Gaël nous avait montré que le rap dit « conscient » pouvait être d’une beauté éblouissante, porté par les arrangements métissés et d’une richesse salutaire de Guillaume Poncelet.

Pour ce Rythmes et Botanique, Gaël Faye s’associe au producteur Blanka pour revenir à un rap beaucoup plus urbain, avec cette fameuse boîte à rythmes en guise de décor. Que ce soit sur ‘ Tôt le Matin‘ (et son dispensable vocoder) ou sur l’ode à la capitale ‘Paris Métèque‘, les sonorités hip-hop sont omniprésentes, mêlées au melting-pot musical qui faisait déjà la force de la musique du rappeur. Ici un sample d’un chant d’esclave enregistré par Alan Lomax, là un solo de trompette bien senti, les morceaux de Gaël Faye gardent leurs couleurs pour notre plus grand plaisir. Mais le son du conteur Faye ne serait pas sans le piano de l’ami Poncelet. Que ce soit par touches ou comme accompagnement principal (magnifique ‘A Trop Courir‘), l’instrument est la véritable colonne vertébrale de ces cinq titres éclectiques mais d’une cohérence indéniable.

Et les paroles dans tout ça ? Incisives, toujours. Tout en clair-obscur, les textes de Gaël Faye nous décrivent sa réalité, notre réalité, entre espoir et inquiétude, face à un monde qui ne tourne pas bien rond. Enfant déraciné d’un paradis en guerre, Gaël se questionne sur la montée du fascisme, sur la place réservée aux réfugiés dans ces pays occidentaux au bord du délitement. Mais Rythmes et Botanique, c’est aussi une pointe de luminosité avec la description du Paris du rappeur, celui de Barbès et Château Rouge, loin des strass et des cartes postales. Moins biographique, plus universel, le verbe de Gaël Faye reste tranchant, tout en gardant cette belle musicalité.

Nous sommes des cargaisons de femmes voilées, des youyous stridents
Des rastas, des casquettes tournées, des voyous prudents
Des espoirs accrochés, des paradis assassinés
Des parents épuisés enfantant des gosses méprisés
De la marmaille bruyante, des petits morveux frisés
Engraissés d’allocations qui donnent des prétextes à voter

Encore un peu branlant, le son de Rythmes et Botanique reste néanmoins une introduction prometteuse au prochain long format de Gaël Faye. Avec ce regard lucide mais plein de modestie, le gars de Bujumbura nous promet encore de nombreux récits qui toucheront, à coup sûr, notre palpitant.

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Réclame

Gaël Faye sera en concert au festival Solidays, au festival Musiques Métisses à Angoulème, festival Paroles et Musiques, festival Les Nuits Carrées, festival Rencontres et Racines, festival La Haut sur la Coline, Les Nuits Blanches, Les Francofolies de La Rochelle, Les Nuits Atypiques de Langon, festival de Thau – Escales Musicales, le 5 juillet à l’Espace Gérard Philipe, et le 17 mai 2018 à la Salle Pleyel.


Remerciements : Delphine Caurette

Catégorie : A la une, Albums
Artiste(s) :

Une réaction »

  • Gaël Faye à la Rock School Barbey | Le Transistor :

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