Entretien avec Total Warr

Au début, Total Warr nous ont fait bien rire avec leur obsession sur les dauphins, et leurs clips tournés à Disneyland. Et puis, le buzz est un peu retombé, avec des percées de morceaux accrocheurs de temps à autres, comme avec ‘Pizza Yolo’. Finalement, le duo nous prend un peu au dépourvu en sortant son premier album, At Least We Had Fun, bien plus sérieux, pensé, réfléchi… et beau ! Du coup, Le Transistor a voulu rencontrer Guillaume Brouzes dit Guigui et Benjamin Nakache dit Kiki pour comprendre leur(s) secret(s).

Total Warr

En 2012, Total Warr avait fait la tournée des festivals, avec notamment un passage à Calvi On The Rocks. « On a trop rigolé à Calvi. C’est le seul festival où tu vois des nanas en talons ! Les habituées du Baron au premier rang, en talons dans le sable ! »

Pourtant, le duo a attendu quatre ans avant de sortir son premier album, At Least We Had Fun.
Guigui : A cette époque on aurait dû enchaîner le truc.
Kiki : Mais on n’a jamais dit qu’on était des flèches !
Guigui : Il aurait fallu avoir un album déjà sous le capot, et des gros clips direct de prêts. Mais on voulait pas se précipiter, on avait envie de faire ça bien.
Kiki : A la base on devait le sortir en 2011 ! Parce que Total Warr a commencé en 2010, et on voulait pas faire la même connerie que dans nos groupes précédents, à trop attendre. On avait plein de morceaux, tout était prêt sauf qu’en fait, bah justement on jouait dans d’autres groupes, Toxic Avenger et The Death Set… »

Sur cet album, on retrouve tout de même les singles qui ont bien marché, comme ‘xxx HATE xxx’ avec des récentes comme ‘Pizza Yolo’.
Guigui : Le problème c’est que plus t’attends, et plus les chansons que tu devais sortir te paraissent moins bien. Là les anciennes sur l’album, c’est celles dont on était vraiment sûrs.
Kiki : ‘Explanations‘ on l’a pas touchée, elle date de 2011 : on l’a composée avec un seul synthé, même pour la partie de batterie ! De toute façon on peut pas la retoucher : c’est un bloc !
Guigui : On a aussi progressé musicalement, parce qu’à la base, on était batteurs. Donc on a commencé par faire des trucs punk-rock, forcément c’est facile. Après pour faire des trucs genre ‘Water Frozen’, ça prend plus de temps à composer. C’est plus chiadé.
Kiki : A une époque on a composé énormément, puis on est passé à une phase avec moins de morceaux mais où on se prenait vraiment la tête. Ca a commencé avec ’xxx HATE xxx’ justement, c’est le premier morceau qu’on a vraiment produit, où on s’est vraiment pris la tête… mais elle est triste. »

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A force de sortir des single sans suite, Total Warr donnait l’impression d’un groupe buzz.
Guigui : Si on a cette image de tube de l’été, c’est parce qu’à chaque fois les gens nous disaient de parier sur des chansons plus faciles, genre ‘Pizza Yolo’.
Kiki : Et du coup les gens se disent que ce qu’on fait c’est marrant puis ils écoutent l’album qui est mélancolique et c’est pas le même délire. En fait les chansons ont toujours été tristes mais elles étaient emballées autrement.
Guigui : Quand on a commencé le groupe, on savait pas du tout ce qu’on allait faire. La preuve c’est qu’on a d’abord trouvé le nom Total Warr en se disant qu’on pouvait faire tous les styles avec, death metal ou non. Bon à l’époque on savait pas que c’était un groupe un peu punk hardcore facho… ou un jeu vidéo avec Napoléon.
Kiki : Une remarque qu’on nous a faite, après quelques EPs qui n’avaient rien à voir, c’est que c’est difficile à suivre. Genre : les mecs vous faites quoi au juste ? En fait le truc c’est que pendant pas mal d’années on s’en battait les couilles. Y a pas de règle, on se fout chez moi, on prend une gratte un synthé, on trouve un son et c’est parti. Et encore maintenant : même si ça ressemble pas trop à ce qu’on fait, c’est fun.
Guigui : Oui, on a mis du temps à trouver notre image, parce qu’au début on faisait vraiment ça pour déconner, et je pense que ça a commencé à changer quand on a eu des ruptures douloureuses. Tout de suite j’avais plus de trucs à dire dans mes paroles. Du coup ça a influencé le son et peut-être qu’on avait moins envie de faire des trucs drôles.
Kiki : Cet album, tu nous l’aurais fait écouter aux débuts, on aurait fait ah ouais chelou… c’est pas trop notre truc. »

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Pourtant Total Warr était suivi, par un label canadien, et par des managers de chez Savoir-Faire.
Guigui : A chaque échéance, on était prêt à sortir nos morceaux mais finalement on nous disait de pas tout balancer, de garder pour l’album plus tard, et de faire des EP avec remix en attendant. Et en fait les années elles passent…
Kiki : Alors qu’au début on avait la liberté de balancer des tracks gratos sur internet. On les mettait sur MySpace, et on les envoyait à des blogs type Stereogum.
Guigui : On faisait ce qu’on voulait, puis on a commencé à vouloir devenir sérieux et du coup ça a pris du temps.
Kiki : Et puis ça nous a aussi cassé les couilles de se mettre dans une dynamique avec des échéances, on a perdu un peu de la spontanéité. Bien sûr, c’était cool, on a eu des cachets d’intermittence et tout, mais… après c’est pas facile à gérer.
Guigui : Et puis le temps commence à te manquer. Avant j’étais intermittent musicien, je passais tout mon temps à faire du son, et finalement la vie elle a changé. Et ça se finit à faire du son le vendredi matin, et à chercher des lives à droite à gauche, donc pas vraiment en fait. Et ça va vite !

Au bout d’un moment, le duo en a eu marre des exigences de l’industrie de la musique.
Kiki : Le mot topline ça nous a bien cassé les couilles : c’est une ligne chant accrocheuse, tubesque en gros. On a eu une discussion avec notre éditeur – qu’on adore – à ce sujet… Mais en fait on s’en fout !
Guigui : Il y a eu pas mal de découragement. C’est relou quand t’es un jeune groupe et tout le monde se permet de donner son avis. Mais en fait la chanson elle est à prendre ou à laisser ! Quand tu vas au restau, tu demandes pas au chef de refaire la sauce. Ça marche pas comme ça !
Kiki : Et cette conversation type “il faut faire un ‘Pizza Yolo‘ 2”
Guigui : C’est vraiment le genre de conversations qui nous laisse pantois. T’as envie de leur dire : mais t’as fait quoi du premier ? tu l’as perdu ? »

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Et finalement, Total Warr a trouvé son bonheur auprès d’un jeune label HRCL Rec.
Kiki : C’est presque eux qui nous ont poussés à le finir. On était un peu découragés… et puis on avait pas aussi les reins financièrement, pour le finir.
Guigui : Parce qu’on voulait faire les mix, faire un bon master, et un tirage Vinyl. On l’a tous fait auparavant dans nos groupes DIY, hardcore punk et tout. Mais là on pouvait pas lâcher un euro de plus.
Kiki : Et là c’est cool, parce qu’on a pu faire les mix bien, le sortir, même la photo, c’est un mec qui s’appelle Ruben Brulat. On lui a envoyé un mail en mode fan, puis on a eu un bon feeling.
Guigui : On a toujours aimé les belles photos comme ça un peu tristes.
Kiki : Du coup, on avait fait des essais avec plein de photos, mais ça marchait pas, sauf la sienne. Après on lui a proposé de faire un clip, il était chaud, il est parti en Patagonie le tourner. C’est trop cool. »

Réclame

At Least We Had Fun, le premier album de Total Warr, est paru chez HRCL Rec


Remerciements : Louis / Chakalaka

Catégorie : A la une, Entretiens
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