Entretien avec Mutiny on the Bounty

En 2015, les Mutiny on the Bounty sortaient leur troisième album, Digital Tropics, pour la première fois sur le label français Deaf Rock Records. Avant de partir au Japon, le groupe luxembourgeois était pour sa tournée européenne de passage au MaMA Festival. A cette occasion, Le Transistor a rencontré Nicolas Przeor et Sacha Schmitz – qui parle impeccablement bien français ! – au Bus Palladium pour une interview quelque peu chaotique !

Mutiny on the Bounty

Au bout de 20 minutes, on réalise que l’enregistrement a sauté après seulement 5 minutes d’interview… Sacha tente de reprendre le fil de la conversation : “Le résumé c’est que les deux guitaristes sont des geeks et qu’on espionne les autres groupes.” Heureusement, ils acceptent de rentrer à nouveau dans les détails.

Ironie : le problème a été remarqué juste après que Nicolas précise qu’ils composent à partir d’erreurs. “Quand on répète, d’un coup, on s’arrête, parce que quelqu’un a entendu un truc, qui justement vient d’une faute ou qui était pas prévu. Tout le monde rejoue jusqu’à ce qu’on retrouve le point de départ de cette idée. Ca donne un truc très cool qu’on aurait jamais trouvé en voulant le faire. C’est comme ça qu’on a trouvé une bonne partie des idées.
Nicolas : On se laisse vraiment toutes les portes ouvertes. Ce qui permet d’aller plus loin… C’est comme ça que les chansons naissent, ça part pas d’un seul gars, mais de l’ensemble.
Sacha : Ca me fait super plaisir de découvrir des choses qu’on n’aurait jamais pu trouver tout seul.
Nicolas : Parce qu’à faire les choses tout seul, on reste bien confortable dans ses chaussons : on refait les petits sons qu’on aime bien, dont on a l’habitude…
Sacha : dans ta comfort zone…
Nicolas : Et les autres te poussent vers d’autres limites.”

Pour Digital Tropics, les Mutiny on the Bounty ont délaissé leur chant screamo et sont partis vers des textures plus electro. “En général, on se remet beaucoup en question au début de la période d’écriture pour connaître la direction à prendre. Cette fois-ci, on a choisi de laisser plus de places aux instruments et aux rythmiques pour que ça ait un côté plus dansant. On voulait une musique qui pourrait aussi bien marcher en boîte de nuit que dans un concert rock en fait.
Sacha : On fait ce qui nous plaît, suivant ce qu’on écoute en fait. L’histoire c’est qu’on est dans des trucs différents : de la dance 80s par exemple, ou pour ma part du hip-hop ou de la soul. Ca part un peu dans tous les sens mais bizarrement sans jamais aucune influence math-rock. Et c’est ce qui nous intéressait aussi : d’essayer quelque chose de complètement à part.”

Pour la première fois, les Mutiny on the Bounty se sont essayés aux synthés.
Nicolas : On a voulu jouer avec des instruments qu’on avait pas utilisés sur les albums précédents.On voulait sortir de l’image rock. On joue de la musique depuis longtemps, ça fait 11 ans que le groupe existe ! Sauf que c’est pas intéressant de refaire les mêmes choses. Encore et encore. Chaque album est fait différemment, tout en gardant toujours cette ligne directrice dans les mélodies : assez tragiques, assez sombres.
Sacha : On cherchait aussi à reproduire des sonorités qu’on n’arrivait pas à réaliser avec nos guitares. Bien sûr on a tenté de les moduler avec des pédales, mais c’est pas la même chose. Ensuite on s’est amusés à repasser des loops par des synthés pour voir ce que ça donne.
Nicolas : Il y avait aussi une volonté d’avoir des sons de guitare un peu rythmiques. Un peu comme les steel-drums… Ca nous plaît bien tout ce qui est un peu caribéen, pour faire une nouvelle version de la Soca dance en fait !
Sacha : C’est génial la Soca dance” (rires)

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Et surtout, l’album Digital Tropics est entièrement instrumental !
Sacha : Avant je chantais à la batterie, et au fur et à mesure qu’on écrivait les chansons de cet album, c’était juste clair que les guitares avaient besoin d’espace : on voulait mettre en avant les mélodies de guitare et le chant risquait de tout bouffer. On s’est rapidement mis d’accord, parce que c’était naturel.
Nicolas : Il y avait un souci de limpidité parce qu’on a toujours fait des album avec beaucoup de trucs qui se passaient en même temps. Donc cette fois-ci, on voulait avoir un peu plus d’air, pour que le rythme, une ligne de guitare ou une mélodie ressorte mieux.
Sacha : La question était : “Et si pour une fois l’un de nous quatre ne jouait pas”… Gloups ! (rires) C’était bizarre ! Au début c’était l’inverse, à toujours rajouter une deuxième mélodie de guitare et une ligne de basse encore différente ! Là on a laissé de la place.
Nicolas : Si tout le monde joue tout le temps, ça fait un gros bloc assez égal en permanence. De cette façon, ça permet de jouer avec les dynamiques, d’avoir des passages un peu plus calmes… “

Une de leurs manière de laisser les portes ouvertes a été de ne pas finir les morceaux avant d’entrer en studio. “C’était pour avoir une opinion extérieure. Entre nous, on se prend beaucoup la tête, on est souvent pas du même avis, et donc c’était bien d’avoir quelqu’un qui n’a pas déjà entendu les mêmes riffs un million de fois. Parce qu’on a des goûts complètement différents, donc quand l’un veut aller dans une direction, et l’autre part dans le sens inverse.
Nicolas : On a tous les quatre la tête bien dure aussi… Donc au final c’est toujours intéressant de confronter les idées.
Sacha : C’est un peu notre problème aussi ! On sait jamais quand terminer une chanson. on est toujours en train de chercher ce qu’on peut rajouter, faire de nouveau… Même s’il y a une limite à tout.
Nicolas : Mais changer d’air nous a fait du bien parce qu’au final on est toujours coincés entre les quatre mêmes murs. Changer d’environnement, ça permet d’être plus créatif.”

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Pour en revenir aux guitaristes geek qui espionnent les autres…
Nicolas : En fait, c’est que quand on adore le son d’un groupe, on cherche à voir comment ils le font. Souvent c’est une question de matériel. Et parfois on est surpris parce qu’il n’ont aucun matériel spécial, et du coup on se dit qu’on arrivera jamais à le reproduire !
Sacha : Oui, des fois, c’est une pédale qu’on a déjà, sans savoir qu’on pouvait faire cet effet-là.
Nicolas : Et ça c’est toujours assez fou !
Sacha : Cela dit, les guitaristes parlent entre eux. On partage la salle de répét avec un autre groupe, un des guitaristes achète tout le temps du nouveau matos et forcément on entend ce qu’il fait avec. On s’inspire un peu partout, Clément particulièrement regarde tout le temps des petites vidéos de démo de pédales. Tout ça s’accumule, pour trouver de nouveaux trucs.
Nicolas : Mais ils volent pas les pédales non plus, ils échangent aussi leurs jouets, il y en a certains, c’est comme le brillant des images Paninis, ça en vaut deux quoi !” (rires)

Réclame

Digital Tropics, le troisième album de Mutiny on the Bounty, est paru chez Deaf Rock Records
Mutiny on the Bounty sera en concert le 18 mars à Petit Bain, avec Shiko Shiko
Lire l’interview de Shiko Shiko


Remerciements : Estelle [La Mission]

Catégorie : A la une, Entretiens
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