Entretien avec Dralms

Dralms c’est l’histoire de Christopher Smith, un Canadien de Vancouver, qui a décidé de délaisser la folk pour écouter ses musiciens. Leur alchimie a pris le pas sur son songwriting pour donner un mélange surprenant de jazz, folk, electro. Après un premier test concluant, leur premier album Shook est une réussite. A tel point qu’ils se retrouvent progammés aux prestigieuses Rencontres Trans Musicales cette année. Au lendemain de son concert à Rennes, Dralms (prononcé à peu près comme “drums”) était de passage à Paris.

Dralms

Encore ému, Christopher Smith de Dralms raconte sa session live chez France Culture. “C’est Nicolas Godin du groupe Air, invité lui aussi à l’émission, qui nous a introduits… Et il nous regardé jouer ! Je ne m’y attendais absolument pas ! Oui, je suis fan !”

Christopher Smith prend une grande respiration et et se lance dans la chronologie de Dralms. “J’étais pas vraiment musicien à la base : quand j’avais 20 ans, j’étais artiste peintre. Je pensais que c’était ce que j’allais faire parce que c’est dans ce processus que je m’identifiais créativement. Mais j’ai toujours été passionné de musique : je joue dans des groupes depuis mes 15 ans. Et j’ai commencé à composer des chansons sans que ce soit une décision consciente. C’était juste un autre medium à ma disposition.” Christopher Smith a d’abord joué en solo, puis a décidé de s’entourer de musiciens pour porter le projet. “C’est comme ça que j’ai rencontré Shaunn qui est désormais un de mes meilleurs amis. Et il m’a présenté son meilleur pote Will qui nous a rejoint à la guitare. Je leur apportais les morceaux et ils s’occupaient des arrangements. On a traversé beaucoup de phases : avec des violoncelles, des cuivres, des choristes, mais aussi des passages plus minimalistes. Seulement, on restait sur l’idée d’un projet solo de songwriter.”

Son premier album, Gravedigger’s Boy, Christopher Smith n’est plus capable de le ré-écouter. “Je ne l’aime pas. Je suis inconstant avec ma musique, je m’en lasse assez rapidement… Pas quand je joue, parce que c’est toujours une nouvelle expérience, mais quand je l’écoute. C’est comme ouvrir un vieux journal intime : tu te demandes si c’est vraiment ce que tu pensais à l’époque ! J’ai tendance à écrire des paroles personnelles, donc même si elles sont abstraites, elles correspondent à une période, une relation. Donc c’est parfois douloureux de le revenir dessus des années après.” Même au sein de Dralms, les paroles sont toutes écrites par Christopher Smith. “J’essaie vraiment de ne pas être trop spécifique dans mes paroles. Je cherche plus à provoquer une émotion qu’autre chose. Donc s’il y a une question sociale ou politique, c’est plus un sentiment qu’une déclaration. Cette impression d’être pris par une force plus grande, comme mouvement, politique ou autre.”

Ce qui a changé pour Christopher Smith, c’est l’implication des musiciens dans le projet. “Au fur et à mesure, on était plus à l’aise les uns avec les autres, je n’avais plus besoin d’exprimer ce que je voulais. On est restés quelques années dans ce processus de collaboration, avec différents bassistes. Les choses ont commencé à changer à l’arrivée de Peter à la basse. On prenait plus de plaisir à jouer ensemble et on a commencé à faire la musique qu’on voulait écouter au lieu de mettre de la musique sur les morceaux que je composais.” Au bout d’un moment, le groupe a réalisé que ce n’était plus le même projet. “Il s’est opéré comme une déconnexion entre le son du projet solo et ce qu’on jouait en live – tout simplement parce qu’on jouait ce dont avait envie. A ce moment-là, on s’est dit qu’il fallait s’engager sur cette voie, et on en est venus à opter pour le nom de Dralms. C’était une manière de prendre conscience que tout le monde contribuait. Si je leur donnais cette liberté artistique, il fallait qu’ils soient crédités.”

Pour consolider cette décision, Dralms a sorti deux titres, ‘Crushed Pleats’ et ‘Divisions of Labour’. “C’était plutôt pour tester la température, voir ce que les gens pensaient de ce projet. Cela dit, on jouait déjà ces morceaux en live sous mon nom d’artiste solo : il y a eu quelques mois où les projets se sont chevauchés. On a même par la suite retravaillé des morceaux de l’album solo. Cela dit, on n’en attendait pas grand chose de cette sortie. Mais Fat Possum a sorti l’EP et Full Time Hobby a proposé de produire l’album alors qu’il était pas fini. Ce qui était risqué de leur part à mon avis : on aurait pu merder…”

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Depuis que l’album est fini, beaucoup de choses ont changé au sein de Dralms. “C’est assez perturbant, car quelque part c’est mon projet et pas celui d’un groupe, parce que les musiciens qui jouent sur l’album ne tournent pas avec moi. C’est fluide, c’est pas vraiment un groupe conventionnel dans lequel on fait tout ensemble. Pour cette tournée, les seuls musicien originels sont Will et moi-même. On est ceux qui ne sommes pas payés, qui en plus nous chargeons nous-mêmes du booking.” Le temps qu’a pris l’album pour sortir a donné aux musiciens l’occasion de reprendre leur carrière. “Shaunn a ouvert son salon de coiffure/barbier à Vancouver, et il s’occupe aussi de Big Joy, un festival de musique noise à Vancouver. Ce qui fait qu’il est très occupé. Et Peter est à New-York pour ses études donc la coordination est un peu compliquée. Dralms n’est pas vraiment structuré quelque part… mais c’est peut-être ce qui nous caractérise.”

La diversité des personnalités dans Dralms pourrait expliquer ce mélange des styles musicaux. “J’aime ce contraste, cette juxtaposition entre une musique rêveuse et des paroles lourdes. Je pense pas que ça crée de conflit. En même temps, on n’a jamais essayé de reproduire quoi que ce soit : je voulais du ressenti, mais sans aucune référence en tête. Cela dit, cette varité est probablement lié au temps pris pour la composition. Par périodes, on écoute tous des styles de musique différents : en ce moment j’écoute beaucoup de jazz, donc si j’écrivais un album maintenant, il serait plus dans cette teinte.” Mais pour Christopher Smith, ce qui fait Shook c’est la collaboration avec Andy Dixon. “ Quand on était adolescents on jouait ensemble. C’était à l’époque où je peignais, et maintenant c’est lui qui est établi à New-York en tant qu’artiste peintre. Mais c’est aussi un producteur de musique electro. On l’a invité en tant que membre auxiliaire : il est venu assister à quelques sessions, puis on lui a envoyé tous nos morceaux, et il a rajouté ses arrangements tout en suivant nos instructions. C’est pas des remix mais des idées et interprétations.”

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Pour en revenir à son émoi, Christopher Smith explique que Air est pour lui un modèle. “C’est marrant parce que justement je réécoutais la bande son de Virgin Suicides : c’est groovy, éthéré, romantique. Je pense pas qu’il n’y ait tant de groupes qui réussissent à créer un son à la fois expérimental et accessible. Pour notre prochain album, il faut que ce soit nouveau et révolutionnaire mais aussi pop.” Avec Dralms, Christopher Smith aimerait briser les frontières entre mainstream et underground. “C’est ce genre de défi auquel on ne réfléchit pas : avant tout il faut rester honnête, garder son intégrité artistique intacte. Ensuite on se met des oeillères et on fonce en espérant que ça marche. C’est comme ça que je fonctionne : je fais les choses et dans un second temps je gère les conséquences.”

Réclame

Shook, le premier album de Dralms, est paru chez Full Time Hobby/[PIAS].
Dralms sera en concert aux Trans Musicales de Rennes.

Crédit photo : Carson Cartier


Remerciements : Antoine et Jennifer [PIAS]

Catégorie : A la une, Entretiens
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