Dis donc Connard.

Tu permets que je t’appelle Connard ? Tu t’es bien permis de rentrer chez nous et de chier sur la table basse ton idéologie funeste sans qu’on t’ait invité alors…

Tu vois Connard, je me pose plein de questions. Pourquoi des mecs comme toi sont venus tuer des gens comme nous ? Tu crois vraiment qu’on est si différents ?

Le souci pour toi Connard, c’est que si tu avais décidé de t’arrêter en double file devant Le Carillon sans prendre ta kalach et que tu t’étais assis en terrasse, tu te serais rendu compte que les gens autour de toi, même s’ils parlent fort et sont pas très respectueux du silence des voisins, bin c’est des gens comme toi. Si, promis. Les mêmes. Tu vas me dire qu’ils sont nés dans la luxure et le vice occidental, mais si tu avais desserré un peu ta ceinture d’explosif le temps de t’octroyer un diabolo fraise en terrasse (c’est vrai quoi, t’es plus à une demi-heure près, t’as pas une bombe à prendre) t’aurais sûrement vu autour de toi de la futilité, des sourires, de l’insouciance, des filles belles, des cons qui jettent leurs mégots dans le caniveau, des rires gras et des gloussements de Parisiens pas forcement délicats, mais que veux-tu on est comme ça. On se fout de tout et de tous. On vit librement. Enfin maintenant, on se fout moins de tout. On est un peu plus sur le qui-vive avec tes conneries Connard, ou plutôt sur le qui-meurt.

Si t’avais siroté tranquillou un verre avec eux, je mets ma main à couper (paraît que ça se fait de par chez toi) que t’aurais eu à entamer la discussion avec un Parisien un brin alcoolisé. Il t’aurait demandé du feu pour allumer sa clope, comment tu t’appelles et ce que tu fais dans la vie. Pour le coup, ton feu, il est resté dans ta caisse, oublie, engage la discussion, t’as plus rien à perdre : le gars que tu veux buter, il est en face de toi et il a pas l’intention de partir. J’imagine mal que tu répondes “Je m’appelle Connard, j’essaie de tuer des gens pour être martyr”.

Il t’aurait demandé si ça marche vraiment cette histoire de martyr, si c’est un métier qui a de l’avenir. Il t’aurait demandé aussi ce que toi t’aurais aimé faire comme taf, parce que martyr c’est pas un truc qu’un gamin décide seul dans son lit en s’endormant. Aucun gosse, où qu’il naisse, ne se prédestine à se faire sauter la gueule sans l’avoir entendu ou qu’on lui ait bourré le crâne avec.

Alors c’est vrai, t’aurais aimé faire quoi toi dans la vie, Connard ? Moi je suis photographe de concerts, depuis plus de quinze ans je passe mon temps dos à une foule dans le noir, un oeil fermé et les oreilles bouchées pour me concentrer sur ce que je vois. Je suis en confiance même si ça pousse derrière moi, et je n’ai vraiment aucune raison d’avoir peur puisque je suis dans un concert. Il ne peut absolument rien m’arriver. Enfin, il ne pouvait rien m’arriver…

Le souci pour nous c’est que tu t’es pas posé en terrasse. Que t’as pas eu une once d’hésitation au moment de vider ton chargeur. Que tu n’as pas laissé une seule chance à qui que ce soit de te parler, de te raisonner ou au moins de te faire prendre conscience que tu tirais sur celles et ceux que tu aurais pu être. Le problème c’est que tu as pris de force la vie de potes, de collègues, de personnes libres qui jamais n’auraient pu un seul instant penser qu’aller au Bataclan puisse être un risque pour leur vie. Et je suis même persuadé que dans tous ceux que tu as exécutés de sang-con, il y avait celui qui, en terrasse, t’aurais parlé et demandé pourquoi tu fais ça. Celui qui aurait voulu te faire prendre conscience que ton idéologie de merde tient pas debout face à la vie, aux potes, à la baise, à la musique, aux coups en terrasse, à la désinvolture d’être libre.

T’as réussi à coller la trouille à plus ou moins un peuple entier. Oui t’as réussi ton coup. Oui on a peur. Oui les pétards du 14 juillet n’auront plus le même goût. Oui on va retourner voir des concerts la boule au ventre en cherchant du coin de l’oeil où sont les issues de secours. Oui on culpabilise d’être parmis les vivants plutôt que ceux qui sont partis. Oui on aurait voulu se sacrifier à prendre ce verre en terrasse avec toi Connard pour essayer de mettre un brin de lumière dans ton petit crâne sombre et froid de frustré de la vie. Mais pour ça, il aurait fallu que tu sois un peu ouvert. Un peu prompt à imaginer que l’autre dans sa différence n’est pas qu’une menace. Qu’il est aussi une source de choses que tu n’as pas, que tu ne veux pas voir ou qui te fait peur. Parce qu’en fait je me demande si ce n’est pas toi qui a peur… Je pense vraiment que tu as la trouille de nous. La trouille de comment on profite de cette vie. Tu as la trouille d’être libre.

Alors au nom de tous ceux que tu as pris, tremble et peur sur toi sombre Connard.




Catégorie : A la une, Tribune libre
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