Entretien avec Jeanne Cherhal

En mars dernier, Jeanne Cherhal sortait son quatrième album : Histoire de J. Dans ce nouveau disque très personnel, la Nantaise parle d’une Jeanne joyeuse, joueuse, jalouse, jouisseuse… mais certainement pas je-m’en-foutiste. Au festival FNAC Live, le Transistor a pu discuter avec l’artiste de féminisme, de Véronique Sanson, et de ses compositions marquées aussi bien par l’amour que par l’indignation.

Jeanne Cherhal

Vêtue d’une magnifique robe rouge moulante ne laissant aucun doute sur sa grossesse, Jeanne Cherhal s’exprime sur le tumblr de femmes anti-féministes qui circule : « J’ai vu ça, ça m’a énervée ! C’est ridicule… Comme si les féministes ne mettaient pas de rouge à lèvres, et ne s’épilaient jamais ! C’est pénible. »

Avant tout, Histoire de J est très marqué par l’admiration que porte Jeanne Cherhal à Véronique Sanson. « J’ai repris son premier album il y a deux ans, pour lui rendre hommage, pour fêter les 40 ans de la sortie d’Amoureuse. Du coup, j’ai passé beaucoup de temps à travailler son doigté : je me suis vraiment fondue dans son jeu de piano, ça a été un travail de longue haleine. Evidemment, j’en suis pas ressortie totalement indemne. Parce que voilà, quand on est traversé par des musicalités différentes, on en retient quelque chose de personnel. » La jeune artiste revient donc à ses premières amours : le piano. « Je ne m’étais pas rendu compte que ça me manquait. Par exemple sur la dernière tournée, Charade, où c’était plus costaud, j’étais contente de donner dans le rock. Mais ça me ressemblait sans doute pas, c’était plus éloigné de ce que je suis foncièrement. Et c’est vrai que ce retour à mon piano a été hyper bénéfique. J’ai l’impression d’être à ma place en fait. »

Pendant deux ans, la compositrice a travaillé à l’élaboration de cet album très personnel. « J’ai cru que je le sortirais jamais. J’ai beaucoup douté, vraiment ça a été dur. Maintenant je me sens plus moi-même que jamais, mais en l’écrivant, je pensais qu’il avait aucun intérêt… Par trop d’intimité. Alors que justement c’est ce que j’adore chez Barbara, chez Camille, et tous les chanteurs que j’aime : j’adore quand ils disent quelque chose de leur singularité. C’est comme ça que tu touches à l’universel. »

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Sur ‘Quand c’est non c’est non’, la chanteuse a fait appel aux Françoises – une formation créée pour le Printemps de Bourges 2010 avec Olivia Ruiz, Camille, Emily Loizeau, Rosemary Standley de Moriarty (entretien) et La Grande Sophie. « C’était un défi que je m’étais lancé : réunir Les Françoises pour une chanson. C’était impossible déjà de se retrouver toutes les six car il fallait jongler avec les calendriers tout simplement. Mais ça avait du sens pour moi qu’on soit toutes ensembles pour chanter cette chanson qui est quand même assez féministe. Je trouvais que ça donnait du poids au message, un petit peu comme un slogan. » En 2014, l’artiste ressentait ce besoin de souligner ce fait qui devrait désormais être évident. « Il y a sans arrêt des exemples de situations où on a besoin de le rappeler et je suis la première à le déplorer. Effectivement je préfèrerais ne pas avoir envie d’écrire des choses comme ça, parce que ça signifierait que tout va pour le mieux. Sauf que le combat féministe n’est pas du tout terminé : on est encore en plein dedans. »

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Le féminisme, selon Jeanne Cherhal, ne devrait pas être un gros mot. « Bah oui, c’est quelque chose de vivant, c’est positif. Je suis énervée des fois quand des filles, même des artistes parfois, vont défendre un film ou un projet, et commencent en disant bon, je suis pas du tout féministe, mais… Comme si il fallait se justifier d’avoir des préoccupations féministes ! Comme si ça allait être mal vu… c’est chiant ! » C’est pour elle une démarche tout à fait naturelle. « Je trouve que quand on est une femme aujourd’hui, la question ne se pose même pas, d’être féministe ou non, c’est spontané ! On a encore des choses à gagner, notamment en ce qui concerne la parité, le respect qu’on nous doit, les violences faites aux femmes… Mais c’est vrai c’est choquant qu’en 2014, une chanteuse ait encore besoin, envie de chanter un truc pareil. Ca devrait être devenu inutile. »

Histoire de J. parle aussi de Noxolo, cette jeune sud-africaine qui en 2011 a été tuée en raison de son orientation sexuelle jugée déviante par ses pairs. « Cette histoire m’a beaucoup bouleversée, j’ai écrit là-dessus parce que ça m’était indispensable pour digérer cette info. Ecrire des chansons c’est une bonne manière de vivre les choses plus sereinement. » En choisissant des thèmes en lien avec l’actualité, Jeanne Cherhal se positionne comme une artiste engagée. « Disons que quand on dit chanteur engagé, des fois c’est un peu poussiéreux. Donc c’est la terminologie qui est pas géniale, mais bon je me reconnais là-dedans : concernée, engagée… Je parle de choses qui me touchent. » Pour rappel, la Nantaise avait soutenu les Pussy Riot à l’aide de ‘Tant qu’il y aura des Pussy’ et avait demandé des comptes au Colonel Reyel au sujet d’‘Aurélie’ en créant l’Amiral Cherhal. « C’est important de le faire. » commente-t-elle sobrement.

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Et n’en déplaise à ceux qui pensent que la grossesse équivaut à un arrêt maladie, Jeanne Cherhal poursuit sa tournée enceinte. « J’ai pas l’impression vraiment de m’exposer, mais c’est vrai que je l’ai pas caché non plus. Sur scène, pour la deuxième partie du concert, je suis en mini-robe moulante à paillettes. Et j’ai pas arrêté de la mettre, ça s’est imposé on va dire. Au départ ça se voyait pas du tout, puis ça a commencé à se voir un petit peu mais au final je pense pas que ça choque les gens. » La chanteuse démontre ainsi qu’il est possible de continuer ses activités normalement. « Je ne vais pas écourter ma tournée, je la décale de quatre mois. Je fais un break tout simplement mais je fais autant de dates. Bon après quand j’y serai je dirais peut-être plus ça, mais a priori je vais pouvoir faire tout ce que j’avais prévu. » Puis elle ajoute, visiblement émue : « Enfin c’est une expérience quand même ! C’est la première fois que ça m’arrive. »

Réclame

Histoire de J., le quatrième album de Jeanne Cherhal, est paru chez Maison Barclay.
Jeanne Cherhal sera en concert au Théâtre du Rond-Point le 26 octobre 2014.


Remerciements : Pauline Le Tallec

Catégorie : A la une, Entretiens
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