Beaffle #25 : Rohff

Pas plus tard que ce matin, je lisais dans Le Parisien “Paris : un vendeur entre la vie et la mort avec une rixe entre Rohff et Booba”. Pour la faire simple, Rohff était pas content de la dernière moquerie de Booba lui même pas content que La Fouine aie pas été gentil avec lui, alors il est allé dedans sa boutique de fringues et aurait, je dis bien aurait histoire de pas défoncer la présomption d’innocence comme la gueule du vendeur de 19 ans, et aurait donc, démonter la face d’un mec qui refourgait les fripes du Booba.

Je veux bien admettre que les fringues de Booba sont un crime à la mode et que la Fashion Police ne fait guerre son taf à Chatelet, d’autant que le voisin d’Ünkut n’est autre que Wati B, à savoir les sapes de la Sexion d’Assaut. Mais si tu sais, la Sexion d’Assaut, les mecs qui ont des casquettes tellement petites qu’on dirait qu’ils ont un morceau d’oeuf sur la tête comme Calimero. Mais sérieusement, est-ce bien le rôle d’un rappeur que de se substituer à la fashion police ?

Plus sérieusement, parce que ça m’arrive, cette gueguerre de rappeurs m’insupporte. Qu’une bande d’illettrés sourds se battent à coups de statuts Facebook pour savoir qui a la plus grosse (vente bien entendu) me chagrine mais bon finalement pourquoi pas. Encore qu’au final, on s’en fout de qui de Rohff, de La Fouine ou de Booba a vendu le plus d’album. Parce que la vraie boss c’est Diam’s et ses 846 700 albums pour Dans ma bulle. Et si on regarde depuis 2000, on trouve Solaar, Gim’s, la Sexion, la FF, Sniper ou même K-maro, mais pas une seule trace des trois zozos donc aucun, avec toute sa carrière cumulée, n’arrive à la jambe de Nolwen Leroy. Et franchement se faire niquer par Diam’s et Nolwenn Leroy c’est pas top pour la street cred’.

Alors, vous allez me dire, et vous avez raison, pourquoi ce bordel ? Eh bien ça fait thug’ de se battre entre rappeurs. Et vu qu’une flopée de médias condescendants et guère plus lettrés qu’eux s’emparent de chacun de leurs gros mots publics pour en faire leur gros titres et niquer un peu plus l’image du rap, eh bien ça fait parler d’eux. Qu’importe la façon.

Alors ouais, peut être qu’en France on n’a pas eu nos Big L, Jam Master Jay, autres Tupac Mais peut être aussi que notre trio de guignols a oublié que ceux qui ont rejoint Biggie là haut, c’était pas juste des mecs qui se jettaient des top tweets en pleine face. C’était avant tout des artistes aux discographies bien pleines qui ont marqué l’histoire de la musique et qui continuent à nous manquer 20 ans après, alors que Booba et ses amis commencent simplement à nous boursoufler le thalamus.

La culture hip hop qui a engendré le rap est une culture urbaine qui est née dans le Bronx. Elle n’est pas née dans la violence. Elle est dans le rejet et a mûrie mais dans la revendication. La France a particulièrement prouvé en sortant Première consultation, Opéra Puccino, Quelques gouttes suffisent ou L’école du micro d’argent qu’elle était capable d’exister, de parler, de revendiquer, de crier et de se faire entendre sans violence.

Et oui il y a des violences, verbales ou physiques. On ne peut pas oublier Le combat continue de Kery James, les valeurs guerrières de Prose Combat ou Paris sous les bombes de NTM et encore moins les frasques de Joey Starr. Mais jusqu’ici les bastons intra-people restaient relativement inconnues. Certes la profusion de médias et leurs envies d’en foutre le moins possible pour un max d’audience les poussent à mettre en avant la moindre vanne numérique des nos trois bouffons musicaux. Mais il serait quand même bon de ne pas oublier que celui qui en souffre le plus dans l’histoire, c’est le rap.

Cet après-midi, la présence de Rohff a été prouvée sur les lieux et l’agression et il est actuellement en garde à vue. J’espère sincèrement qu’il sera condamné et fermement condamné et pour ses actes. Le fait qu’il soit une personnalité publique est bel et bien une circonstance aggravante. Lui, tout comme Booba et La Fouine sont des symboles pour des centaines de milliers de jeunes. Le fait qu’ils se mettent en scène à longueur de presse pour leur propre promo, et qu’ils se fassent l’étendard de la violence gratuite est inutile est non seulement contraire aux valeurs même du hip hop, qui voudraient qu’on se défende contre le système ou l’oppresseur, et non contre ses semblables, mais c’est surtout un exemple et une légitimation terrible de la violence à travers les médias.

J’espère sincèrement qu’aucun de ces trois là ne mourra un jour d’une balle perdue par un de ses copains. On risquerait d’en faire le héros d’une guerre qui n’a lieu que pour les journaux et qui ne représentent pas grand chose. Battez vous à coup de plumes, niquez vous à coup de rap contender, défoncez vos races à à coup de punchlines, rimez vous la gueule. Mais dites vous bien qu’à chacun coup de barre à mine que vous foutez dans la gueule d’un mec de votre bande, c’est le rap qui se le prend dans la face. Et je crois bien qu’il à deux doigts de crever.




Catégorie : Editoriaux
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Une réaction »

  • leolove :

    AAAAAAAAAAAH !

    D’accord avec toi sur tout sauf une chose. Booba n’est pas un “guignolo” comme les 2 autres. Ses classiques se comptent à la louche, bien plus que Kerry James dont tu parles par exemple. Mauvais oeil, le black album, ses deux premiers albums solos en partie (ma définition, temps mort, mauvais augure, voire meme numero 10 et autres garde la peche) c’est de la bombe atomique niveau punchlines, prod et flow.

    De plus, je lui reconnait une certaine cohérence dans sa carrière, aujd par exemple il cache clairement pas que son unique but c’est de faire de l’argent comme il en revait depuis ses premier 12mesures sur les mixtapes de cutkiller y a 15 ans…

Et toi t'en penses quoi ?

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