Des arts et des lettres

J’ai un compte Facebook un peu particulier. Surement à peu près le même que la plupart des gens qui me lisent (puisque ce sont justement les mêmes), mais qui est loin d’être le reflet du public français. En plus de ma famille, j’ai des dizaines et des dizaines de blogueurs, musiciens, directeurs artistiques, ingénieurs du son, musiciens, journalistes, photographes, directeurs de labels, attachés de presse et autres professionnels (ou associés) de la musique.
J’ai cette vision de ce qu’on appelle “les réseaux sociaux” dans les médias qui sévissent sur internet, qui se limitent généralement à l’avis des centaines de parisiens du même milieu qui se décident chaque jour pour parler d’un sujet, descendre une personnalité, un film ou encenser un album.

La victime d’hier était Shaka Ponk. Shaka Ponk c’est mes copains. Ca fait 5 ans, peut être plus, qu’on se croise dans des concerts ou dans des festivals. J’ai toujours aimé les suivre parce qu’ils sont à la fois humains et sincères. Des mecs gentils. Depuis que j’ai l’occasion de les côtoyer ils font le même projet, cet electro-rock agrémenté de vidéos. Pendant des années ils ont tourné, en Allemagne, ont fait leur petite vie dans leur coin, sans faire chier personne. Et pour être tout à faire honnête : tout Paris s’en battait profondément les couilles.

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Shaka Ponk a fait partie pendant des années de ces groupes de merde dont personne ne veut entendre parler dans les journaux ou dans les radios. Ceux dont les albums ne sont pas exposés à la FNAC. Ceux qui n’ont pas le moindre vote dans les préselections des Victoires de la Musique. Ceux qui sont dans les blogs et dans les webzines que personne ne lit. Ceux qui vivent avec leur petite communauté de fans. Ceux qui sont juste contents de faire leur musique. Ceux qui n’attendent pas d’être disque de platine un jour. Ceux qui ne sont pas encore jugés impropres à la consommation auditive et mis dans le bac des surestimés par le public. Ceux qui sont trop peu connus pour servir de cible à vomis digitaux.

Et puis un jour, le groupe de merde dont personne ne veut, par la bonne volonté d’une personne, d’un label ou d’une radio, se met à devenir connu parce qu’il passe dans les mass médias. Les yeux se braquent sur lui. S’il a de la chance la bien-pensance parisienne l’ignore. S’il en a moins, les plus versatiles diront que c’était mieux avant, quand ils arrivaient dans les bars et qu’ils trouvait leurs affiches dans la poubelle, les plus vindicatifs diront que c’est de la merde au succès immérité.

C’est donc le cas de Shaka Ponk aujourd’hui. La police digitale parisienne du bon gout a décidé que la médaille de chevalier des Arts et Lettres remise par Aurélie Filippetti était de trop. Qu’on avait le droit de récompenser Djamel Bensalah, Calogero, Laurent Boyer, David Guetta, Fabrice Éboué, Christophe Maé ou encore André Rieu mais pas Shaka Ponk. Les raisons ne sont pas claires. Ils feraient de la mauvaise musique, ils n’auraient rien à dire, ils seraient cons, etc.

Les deux derniers albums de Shaka Ponk m’ont laissé assez indifférent. Je ne suis pas un grand fan de leur musique. En concert, j’ai du mal à prendre du plaisir en fermant les yeux et en écoutant le métal parfois un peu facile produit en live. Mais leur énergie scénique de même que les créations visuelles numériques, les décors ou les lumières sont extraordinaires. Certains diront que c’est de la merde. Soit. Mais où étaient ils ces juges de la morale musicale quand le groupe peinait à exister.

Ces mêmes juges qui quelques semaines avant s’étaient mis d’accord pour s’auto liker les uns les autres afin de démontrer que Enora avait tué le journalisme musical parce qu’elle avait une une interview sans intérêt. C’est pourtant bien eux, qui se suicident à longueur de journée, refuser d’écouter ce que le public veut, trouvant toutes les excuses possibles pour excuse la non éclosion des projets qu’ils travaillent, rejetant la faute tantôt sur les gros médias, tantôt sur le gout des “français”.

Qu’ils sont cons ces français à écouter de la merde. Qu’ils sont cons ces français à regarder de la merde. Qu’ils sont cons ces français à ne pas se rendre compte du talent des vrais gens. Mais s’ils ont bien une intelligence, les français, c’est de ne jamais lire vos articles une fois le périphérique passé.




Catégorie : Editoriaux
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4 réactions »

  • un webzine que personne de lit :

    je pense que la police digitale parisienne, bah c’est des cons 🙂

  • josay :

    “Mais où étaient ils ces juges de la morale musicale quand le groupe peinait à exister ?”
    Si je peux me fairmettre c’était déjà très mauvais à cette époque là.

  • Poupimali :

    Le comble de l’ironie est total.
    L’auteur de ce billet dont je ne reviendrai pas sur le fond (Shaka ponk m’indiffère complètement) est lui même acteur de ce bashing au sein cette fameuse et méchante police du bon gout parisien, sur ceux qu’il considère indignes des réseaux sociaux comme une petite fan de Justin Bieber par exemple.
    Il ne manque pas d’exprimer son mépris avec un compte pro qui plus est. Bien évidemment le bashing est encore plus complet quand on s’en vante auprès de ces petits copains du milieu.
    Pour le fond peut-être mais pour la crédibilité c’est raté.

  • benjamin :

    Je dis beaucoup de mal de plein de trucs. J’ai jamais participé à un bashing collectif. Encore moins un compte professionnel. Tu confonds sans doute “remarque amusante” qui se transforme dans 300 personnes répondent méchamment en procès public et “bashing”.

Et toi t'en penses quoi ?

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