LEAVE ENORA ALONE

Je n’ai pas sympathie particulière pour Enora Malagré. Bien qu’il nous soit arrivés de partager le même studio à quelques heures d’intervalle, ce qui ne créé que très rarement des liens amicaux soyons honnêtes, je dirais même que j’ai un a priori assez négatif sur la caution meuf à pédé de Cyril Hanouna pour qui, pour le coup, j’ai un profond irrespect. Enora est la genre de meuf qui fait son truc, qui intéresse les gens à qui elle parle et indiffère le reste, comme tant d’autres.

La semaine dernière, pour des raisons qui ressemblent plus à placement de produit qu’à une vraie ligne éditoriale, Enora, accompagné de son compagnon de soirée radiophonique Stéphane Bak a interviewé Pharrell Williams. Le Pharrell. Le mec que tout le monde fait semblant de connaitre depuis des siècles alors que la majorité l’a découvert avec Get Lucky. Inutile de passer par 4 chemins alors qu’on a qu’une voiture et qu’il n’y a aucun intérêt à prendre plusieurs chemins en même temps pour aller à un même endroit : l’interview est nulle. Entre son côté groupie, ses questions gênantes, sa tenue négligée, son ton à la limite du déplacé et son désintérêt total de la carrière de Pharrell, on peut dire qu’Enora a fait une belle interview de merde, au point que Virgin Radio l’a mise hors ligne et efface toutes les copies de YouTube. Effet Streisand garanti.

Comme tout buzz des internets qui n’intéresse que quelques clampins des réseaux sociaux (genre moi), le Pharrenagate a fait ses quelques jours où chacun y est allé de son commentaire et de ses vannes pour obtenir likes et retweets. Et puis les dits professionnels s’y sont mis. Après Hanouna qui trouvait en direct que sa collaboratrice était une fille facile (faut vraiment parler de ta vie privée mec ?), plusieurs articles et avis ont surgit disant qu’Enora était la honte du journalisme musical et même, qu’elle avait tué le métier.

Je m’insurge. Avec mon petit clavier sur mon petit blog mais je m’insurge quand même.

Enora n’est pas journaliste. Elle a sans doute une carte de presse pour ses avantages fiscaux et parcequ’elle travaille pour des groupes de presse mais elle est avant tout animatrice. Une animatrice qui a fait une interview de merde. Pas un journaliste musical. Sa rencontre avec Pharrell tenait plus du coup médiatique de Virgin que de l’entretien fleuve pour obtenir des informations exclusives.

Quant au journalisme musical, soyons clairs : il n’a pas attendu que des arrivistes s’en empare pour mourir. Le public n’a pas attendu que des refoulés cathodiques se mettent à la chasse aux stars pour ne plus acheter de magazines musicaux qui ferment tous les uns après les autres dans l’indifférence générale. Ou mieux : avec des pétitions de sauvegarde signées par plus de personnes que l’émission ne faisait d’audience. Le journalisme musical en même temps que le reste de la presse : quand il s’est simplifié la vie à base de dépêche et de communiqué de presse. Quand il a arrêté d’être productif. Quand il s’est mis à produire des contenus dans tous les sens. Quand la presse généraliste a eu ses chroniques musicales lues bien plus que tous les magasines spécialisés réunis.

Le journalisme musical n’existe plus. Pas plus que le métier de photographe de concert. On est journaliste, on est animateur, on se spécialise dans un domain parce qu’on a une rubrique bien précise, mais le journalisme musical est mort depuis bien longtemps. Et qui sont ces gens qui donnent des leçons de presse alors qu’eux même font chroniques, articles et interviews en enchainant les poncifs du genre (éponyme, aérien, album de la maturité, éthérée, galette…) en recyclant en permanence les mêmes questions d’un groupe à un autre (Comment vous vous êtes rencontrés ? Pourquoi vous vous appelez comme ça ? Quel est votre processus de création ? Vous avez travaillé longtemps sur cet album ?). De 20 Minutes au Parisien en passant par Taratata, tous ont servi les mêmes soupes avec les mêmes artistes auxquels ils ont posé les même questions pendant des années.

Alors oui, Enora est sorti du lot, oui elle a fait une interview à la con qui fait passer Morandini pour un Prix Pulitzer, mais pourquoi diable (pour parler comme les jeunes) une telle violence (lisez les commentaires à droite à gauche et les centaines d’insultes) ? Est-ce parce que certains voient leur chaise gardée partir sous le cul d’une autre ? Est-ce une once de jalousie qui pointe des réactions des dizaines de journalistes ou professionnels ? Pourquoi les mêmes cautionnaient les interviews de Nagui qui ne connaissait seulement pas les questions qu’il posait mais donnait l’impression de ne même pas connaitre une quart des groupes qu’ils interviewaient sommairement ? Pourquoi pas une seule de ces personnes ne s’étonnent de critiques dithyrambiques (édito donc) dans les médias qui sont partenaires d’une sortie ou mieux, dans lequel il y a un achat d’espace ? Pourquoi personne ne s’étonne plus des interviews atroces des journaux télévisés dont les présentateurs n’ont souvent jamais écouté les albums des personnalités qu’ils interviewent ? Que dire des duos ruquieriens qui passent en revue des albums pour lesquels ils n’ont pas la moindre clé pour leur compréhension ?

Et qu’on ne me parle pas de féminisme. Enora fait parler des ados tous les soirs et a été la médiatrice de dizaines de coming out, féminins ou masculins. Elle n’est pas l’image d’une pute qui veut niquer un artiste. Et elle ne donne pas l’image de la groupie salope qui est devenue journaliste musicale pour se taper des artistes. Et puis j’en ai vu tellement des journalistes, blogueurs, présentateurs demander une photo ou une dédicace à la fin d’une interview ou d’un concert. Ou réclamer un album définitif au lieu d’un exemplaire promo parce qu’ils sont fans (et qu’ils sont importants donc que ça leur est du).

Enora a fait une interview pourrie. Il y a fort a parier que non seulement elle s’en soit rendu compte, mais qu’en plus on doit lui répéter à longueur de journée. Mais Enora n’a pas assassiné le journalisme musical. On ne tue pas un mort.




Catégorie : Editoriaux

12 réactions »

  • Layla :

    Point de vue intéressant Benjamin.
    Dommage par contre qu’il y ait autant de fautes d’orthographe et de frappe 🙂

  • benjamin :

    La joie d’écrire sur un smartphone dans le métro. Je pense que y’en a pas mal de corrigées 😉 Merci

  • Kevin :

    C’est clair que PERSONNE ne connaissait Pharell avant Get Lucky, a part bien sur les bloggueurs et journalistes ultra pointus… Faut arreter un peu, y’a pas que des kikoos en france. Sinon l’article est pas mal, mais je m’ennuie en lisant ce genre de billets. Peace Out.

  • Xavier :

    Pas mal vu, point de vue intéressant oui…mais je pense que l’auteur n’a pas compris le second degré du titre de l’article, pour ma part, il m’a bien fait rire. Evidemment qu’elle n’a pas tué le journalisme musical, ça serait donner à cette nana bien trop d’importance. J’ajouterai aussi que le fait qu’il y ait d’autres journaleux de merde ne justifie pas de ne rien dire concernant la “non-qualité” de l’interview.

  • Thomas :

    Je pense que cette interview ne symbolise que l’aboutissement de plusieurs mois de ras-le-bol à son sujet. Il suffit de jeter un oeil à la fanpage TPMP sur Facebook pour être témoin, chaque soir de dizaines de commentaires négatifs à son sujet. Cette vidéo avec Pharrell a “permis” de cristalliser la haine que tous ces gens éprouvent à son égard. C’est aussi simple que ça. Parce que l’interview en elle-même, interprétée dans un cadre isolé, ne devrait pas provoquer autant de remous. Mais la visionner en ayant le personnage “Enora” et tous les griefs que l’on peut lui porter au préalable, c’est une toute autre histoire.

  • Dada T :

    enora qui?!
    C’est Benjamin qui?, qui a écrit l’article?!
    Moi je suis ni blogueur, ni journaliste, … Et je me prends pour
    Personne, et je connaissais pas pharell Williams
    Avant le 14juillet2002, et sa première partie du concert de BOWIE a Nîmes
    Avec NERD…

    Je sais pas si le plus pathétique dans cette histoire, ce sont pas professionnels qui essayent de faire du buzz autour d’une prise de position dont tous le monde se contre fout en fait!!
    Aller merci

  • Chantal :

    Trop de fautes.
    Cela empêche une lecture sereine de l’article.
    Pensez à vos lecteurs et relisez-vous avant de publier.
    Bonne soirée.

  • Raja :

    Très bien écrit , est telement vrai . Il ont oublier l’essentiel de ce métier . Lémotion . L’énergie , le partage . Il transforme la musique en radio telé réalité avec des articles sans âmes . Le métier (d’artiste )leur est étranger . Mes il en parle quant même . Quant a Cyril anouna sans commentaire . Mes liserait mieux comme concierge dans une auberge a poulet . Bravo pour cette article vrai est authentique sur les média . Ainsi que leur total méconnaissance du métier . Le paraître Leur a bouffé l’esprit. Est les lumières artificiel le monte à la tête. ; )

  • Xavier :

    Je ne la connaissais pas avant cette ITW, juste par quelques passages au Zapping !

  • Revue de web n°220 : Caesar salad - Besnob Besnob :

    […] la meute sanguinaire prête à dépecer l’animatrice, écoutons (ou plutôt lisons) la voix duTransistor, qui déplace le débat de manière très pertinente en posant la question […]

  • Megaconnard » Connards ordinaires en une Mauvais genre :

    […] y’a le Benj’ qui critiquait le journalisme musical sur son blog, ici. Si t’as pas encore lu, tu peux y aller. Donc, d’après lui, les derniers journalistes […]

  • Jean :

    Et bien Benjamin je commence a apprécier vos articles! 🙂 j’ai changé d’avis a votre sujet. Bel article

Et toi t'en penses quoi ?