Fcukers au Bataclan

Dans la salle, Étienne de Crécy, Pedro Winter et une foule de curieux attendent Fcukers. La réputation du jeune groupe a déjà traversé l’Atlantique, et son remix d’Angèle a peut-être piqué la curiosité d’une partie du public. Avant leur entrée en scène, PPJ et The Deep Faith ouvrent la soirée et donnent le ton.

Fcukers Bataclan

PPJ

Sur scène ils ne sont que deux, mais ils déploient l’énergie d’un petit carnaval. Le set est très fun, le style est indescriptible, on passe du coq à l’âne avec une légèreté désarmante, comme si chaque morceau ouvrait une nouvelle parade, quelque part entre club européen et blocos brésiliens. En guise de final, Páula explique que cette expérience est d’autant plus extraordinaire car elle est enceinte.

The Deep Faith

The Deep Faith débarque avec une batterie martiale façon cousin machin qui cavale, et un chanteur à la voix de castrat, coincé entre ciel et dancefloor, dans une veste à paillettes qui accroche chaque faisceau.

Très vite, le set prend des airs de messe queer : trois « hallelujah » plus tard, ils enchaînent sur un « You Are Not Gonna Take My Soul » qui sonne comme un exorcisme. Le chanteur tombe alors la veste pour révéler un harnais, avant d’enfiler une veste militaire, comme s’il changeait de personnage en direct. La voix descend d’une gamme, mais tel un elfe, il dégaine une flûte traversière pendant que sa tenue balance des lasers rouges.

Le chanteur demande ensuite à tout le monde de sortir les torches de téléphone, plonge la salle dans une lumière tremblante, puis se lance dans un « Ave Maria » complètement décalé. La suite prend une tournure plus disco, le performer s’amuse avec le pied de micro comme avec un partenaire de danse, avant de conclure par un ‘DOLLSWORLD’ qui ressemble autant à un slogan qu’à une promesse de futurs chaos scintillants.

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Fcukers

Le dispositif est minimal mais redoutablement efficace : une basse, une batterie, un clavier et, au centre, Shanny Wise. Elle sautille, occupe tout l’espace et embarque la salle avec un sourire candide.

Dès ‘Mothers‘, la couleur est annoncée. La chanteuse arpente la scène en long, en large et en diagonale, comme si elle en testait les limites. Sur ‘I Need To Touch‘, elle se rapproche du bord, tend les mains vers le public et cherche le contact On se situe quelque part entre performance pop et une séance collective de lâcher prise.

Avec ‘Beatback‘, les lunettes de soleil font leur apparition, la posture se durcit et le groove aussi. Aux premières paroles de L.U.C.K.Y, la salle reconnaît immédiatement le morceau et reprend les refrains. La tension se relâche moins dans les cris que dans les hanches. ‘Butterflies‘ apporte un premier moment de douceur. « Me and you », susurre Shanny Wise, autant pour les premiers rangs que pour les silhouettes du fond. Le morceau, très sucré et très aigu, évoque une balade de rooftop new yorkais à trois heures du matin.

Fcukers enchaîne avec ‘If You Wanna Party, Come Over To My House‘, hymne instantané. Sur ‘Play Me‘, le set prend un virage plus rap. Le tandem avec Jackson Walker Lewis fonctionne parfaitement : Shanny est une frontwoman volcanique, Jackson un partenaire solide et joueur. Shake It Up injecte des sonorités orientales dans une base club irrésistible. Mais c’est ‘I Like It Like That‘ qui réveille définitivement la salle. Les bras se lèvent, les corps se redressent, comme si tout le monde attendait ce titre depuis le début.

La surprise suivante vient de ‘TTYG‘, qui s’amuse avec le reggae dub. L’air se charge soudain d’une odeur de weed que tout le monde fait semblant d’ignorer. Ce concert sonne résolument Brooklyn, dans l’attitude comme dans le son. ‘Getaway‘ propose un rythme plus complexe, fait de contretemps et de ruptures, qui déroute parfois sans jamais perdre le public.

Sur ‘Feel The Real‘, Shanny attrape la basse et glisse vers une pop rock très années 1990. Homie Don’t Shake, présenté comme l’un des premiers morceaux du groupe, rappelle ses débuts pour déboucher sur ‘UMPA‘ avec un « Duck Donald Trump » lancé entre amusement et fatigue. L’ambiance est douce, presque ouklouesque, relevée par un djembé samplé. ‘Sound Of A Beat‘ bascule ensuite dans un univers de jeu vidéo : synthés clignotants, sons pixelisés et refrain immédiatement mémorable.

Le bassiste donne tout sur Bon Bon, faisant tourner sa chemise au-dessus de sa tête. Puis ‘What You Want‘ démarre. Angèle rejoint alors le groupe sur scène pour le titre remixé ensemble. Les téléphones se lèvent, les cris montent. Cerise sur le gâteau, certes, mais Fcukers avait déjà fait de la soirée une réussite totale.

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