Toe au Trabendo

Annoncé à 20h, le concert démarre finalement avec un léger retard. Mais comme ça fait dix ans que les Parisiens attendent cette date, nous ne sommes plus à un quart d’heure près. Le temps pour le public de profiter de la terrasse ou de s’arracher quelques pièces de merch avant de plonger dans la soirée. Les musiciens arrivent un à un, sur fond de ‘Close To You’, comme s’ils entraient discrètement dans leur propre monde, et tout doucement s’accordent.

Toe

Toe live Photo by SARU(SARUYA AYUMI) _resize
Sur scène, cinq silhouettes prennent place : deux guitares, une basse, un clavier, et bien sûr Kashikura Takashi à la batterie. ‘Loneliness Will Shine’ ouvre le set, montant progressivement, presque en apnée, jusqu’à ce que la guitare virevolte et déclenche les premiers cris enthousiastes. Le public est jeune, même si quelques quadras en costard se déchaînent déjà dans la fosse. ‘Long Tomorrow’ poursuit sur cette dynamique oscillante, entre tension et relâchement. Les musiciens prennent leurs marques petit à petit…

Avec ‘The Wind and Recollections’, le son devient plus dense, plus incarné. Chaque instrument trouve sa place dans une construction précise, toujours autour de la batterie. Dès les premières notes de ‘Kodoku no Hatsumei’, la salle réagit immédiatement. Les têtes hochent, certains chantonnent, puis ‘Chiaroscuro’ vient enfoncer le clou avec une introduction ciselée.

Kashikura Takashi se lève entre deux passages pour haranguer la foule. Seul membre véritablement expressif, il devient le lien direct avec le public, pendant que les autres musiciens restent presque stoïques, souvent tournés vers leurs instruments plus que vers la salle. Pour se donner du courage, pour lutter contre leur pudeur, ils enquillent les bières.

Entre les morceaux, le silence est quasi religieux, parfois traversé par des cris du coeur venant de la salle. ‘The Latest Number’ apporte une respiration plus douce, presque pop. ‘Because I Hear You’ prolonge ce moment suspendu, entre remerciements timides et envolées plus jazzy. Kashikura Takashi en profite pour dérouler un break impressionnant.

Avec ‘Esoteric’, la tension remonte d’un cran. Le bassiste semble prêt à en découdre, l’intensité devient presque physique. ‘Sonny Boy Rhapsody’ déclenche une véritable explosion. La foule hurle, le batteur quitte même brièvement la scène avant de revenir, relançant l’énergie.

Le groupe enchaîne avec le dernier tube, ‘Now I See The Light’. Cette fois, le chant est repris, porté par un public totalement acquis. Même ferveur sur ‘F A R’, les voix se mêlent, la batterie en rimshot installe un rythme presque militaire, bientôt rejoint par une sorte de chorale improvisée. La guitare grimpe, les corps suivent. Les musiciens remercient longuement, se courbant presque jusqu’au sol.

Le rappel s’ouvre avec ‘Two Moons’, guitare acoustique en tête. Un moment étrange et beau, où chacun semble libre de danser comme il le souhaite. Puis “After Image” installe une ambiance groovy, traversée de notes éthérées et de passages improvisés où chaque musicien prend la parole à sa manière.

Le groupe nous a écrit un mot, qui a été traduit en français. Un long mot pour raconter sa joie d’être présent, de nous voir, mais pour nous dire aussi qu’aucune guerre n’a de justification. Puis la musique reprend, douce, portée par la voix d’Asako Toki sur ‘Goodbye’. Pas de démonstration de force ici, mais une richesse de rythmes et de textures qui s’entrelacent qu’ils prolongent pour le plaisir. Pour que ce moment, ce concert, ne finisse jamais.

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